Une ville mondiale est-elle forcément une ville globale ?

Un questionnement de la géographie française

Source: Cynthia Ghorra-Gobin, L’information géographique, Juin 2007

La dernière étape de la mondialisation se distingue par l’émergence de ce qu’il est convenu d’appeler la « firme globale », soit une entreprise dotée de capacités d’assemblage d’éléments de produits dans différentes parties du monde pour répondre aux attentes d’une société de consommation désormais qualifiée de globale. L’économiste Raymond Vernon est le premier à avoir utiliser l’adjectif « global », dans les années 80. Les chercheurs américains utilisent indifféremment « global city » (origine : Sassen en 1991) et « world city » (origine : Friedmann et Wolff en 1982). Si on distingue l’économie mondiale (somme des économies nationale) et l’économie globale (un segment de l’économie mondiale), on peut distinguer les 2 termes.

1- L’émergence d’un récent questionnement autour de l’idée de ville

Des spécialistes du développement préfèrent distinguer le phénomène métropolitain du phénomène mégalopolitain, le premier faisant rapport à la dynamique économique et le second au simple étalement de la ville. Les villes des pays émergents ou les PMA sont donc des mégapoles alors que les métropoles des pays riches participent pleinement à la dynamique globale. Dans les pays riches, l’opposition ville/campagne diminue alors qu’elle s’aggrave dans les pays pauvres. Avant la fin du XX°S, penser la ville à l’échelle mondiale, c’était se accorder à la place de la ville au niveau national (sans faire référence à un réseau mondial) et au poids démographique, des éléments de la définition de la ville mondiale.

2- Ville globale et ville mondiale : la genèse de ces deux termes dans le monde anglo-américain

En 1982, Friedmann et Wolff reconnaissent avoir emprunter le terme de « world city » à Peter Hall. Pour ce dernier, la ville mondiale s’inscrivait uniquement dans le cadre d’un Etat-nation alors que F et W articulent l’économie mondiale et le territoire national. La ville globale de Sassen (les 3 villes qu’elle considère comme globales sont New-York, Londres et Tokyo) s’organise entre 6 clusters : - emplois hautement qualifiés : banque, finance, comptabilité, juridique… - services au dépend du premier cluster : immobilier, hôtels, restaurants, services domestiques… - activités organisées autour du tourisme - emplois industriels, qui diminuent au détriment des 3 précédents - institutions publiques : enseignement, recherche… - économie informelle La « world city » a un caractère polarisé et héberge une société ayant un niveau de vie élevé une vivant à la marge de l’économie formelle. Allen Scott souligne la dimension spatiale de la ville globale en 2000. Il choisit l’expression « global city-region ». Elle met en évidence l’attraction de la ville globale et les rivalités des entreprises et des ménages qui souhaitent l’intégrer pour entrer dans l’économie globale. La ville globale apparaît comme une porte d’entrée dans l’économie globale. Mais cette vision anglo-saxonne est purement économique. Elle néglige donc les autres dimensions de la mondialisation, comme la dimension culturelle. Une ville peut être qualifiée de mondiale si elle est connue de tous (tourisme et patrimoine).

3- La mondialisation, un processus multidimensionnel : éviter de se limiter à une simple vision économique

Les anglo-saxons ne distinguent donc pas vraiment ville-mondiale et ville-globale. Cependant, leur distinction revêt un intérêt particulier : ne pas considérer uniquement l’aspect économique de la mondialisation. Des anthropologues (Appadurai, 1996), rappellent la dynamique du processus de déterritorialisation des cultures au travers des diasporas et des minorités transnationales pour mettre en évidence les phénomènes du métissage, atténuant ainsi les craintes liées à l’homogénéisation du monde ou encore à son américanisation. Le terme de ville globale paraît approprié pour mettre en évidence l’articulation entre une ville et l’économie globale alors que l’idée de ville mondiale est plus utile pour évoquer le degré d’attraction d’une ville à l’échelle mondiale en raison de son passé, de son patrimoine, ou par sa capacité d’attraction des flux touristiques. Plus l’économie se globalise, plus la concentration de fonctions relevant du commandement se renforce au profit de quelques villes en mesure d’attirer et de contrôler les flux de capitaux.

Los Angeles, par son poids économique dans la globalisation et son statut de capitale mondiale du cinéma mondiale depuis les années 30, est une ville à la fois globale et mondiale.

Venise est une ville qui a une attractivité mondiale mais est loin d’être un centre majeur de l’économie, c’est donc seulement une ville mondiale.

Hong-Kong est une ville globale en raison de son activité boursière mais est très mal classée dans la liste des villes mondiales.

Mexico a certainement un rang de ville mondiale par son patrimoine, sa culture et le tourisme mais ne figure pas au rang des villes globales, tout comme Sao Paulo.

Paris et Londres appartiennent au réseau des villes globales mais elles ont largement également le privilège d’être des villes mondiales.

La géographie française ne considère donc pas la mondialisation comme un simple processus économique, tel que la voient les américains.

Conclusion : réaffirmer l’influence culturelle de la ville à l’échelle mondiale

Les chercheurs anglo-saxons ont remis en cause les critères traditionnels de la ville mondiale (capitale et poids démographique). Ils ont utilisé de la même manière « global city » et « world city », ce qui montre leur vision uniquement économique de la mondialisation. Cette restriction se fait au détriment de toute forme d’héritage historique et d’influence culturelle à l’échelle mondiale.

 
une-ville-mondiale-est-elle-forcement-une-ville-globale.txt · Dernière modification: 03/01/2008 19:04 par jerome
 
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