Typologie des économies à l’époque hellénistique

Source: Pierre Cabanes, Le monde hellénistique, Seuil Histoire, 2003.

Dans Le monde grec et l’Orient(1) , Edouard Will commence par mettre en garde le lecteur : « Il suffit de soupeser les trois volumes du magnum opus de Michael Rostovtseff(2) et de mesurer la bibliographie qui s’y est ajoutée depuis 1941 pour comprendre qu’il ne saurait être question ici d’entrer dans le détail de problèmes aussi vastes et controversés que ceux que pose l’économie du monde hellénistique ». D’une grande variété, les économies de l’époque hellénistique se prêtent mal à la construction d’un système interprétatif unique. Décrire les différents types d’économie au IIIème siècle est donc à la fois satisfaisant et plus honnête, dans un monde cloisonné comme tel. On peut seulement se risquer à définir quelques critères généraux qui permettront d’évaluer la vitalité de telle ou telle économie locale.

Premier signe de vitalité, le monnayage se développe jusque dans des régions qui n’en avaient pas encore l’usage à la fin du IVème siècle. La monnaie signifie que les échanges sont plus fréquents, et qu’une part de la production est destinée à la vente. Par ailleurs, les économies locales sont largement conditionnées par l’évolution démographique. Thème difficile à aborder en raison de la faiblesse des informations disponibles. Le monde hellénistique présente bon nombre de régions qui manifestent un dynamisme remarquable, comme la Macédoine, et cela n’est possible qu’avec une population nombreuse et largement renouvelée. Troisième critère de développement, l’adaptation de la production aux besoins. La quête de nourriture en quantité suffisante, qui s’était estompée à l’époque classique en Grèce propre redevient une priorité absolue dés que les approvisionnements traditionnels sont détournés ou qu’une famine brutale frappe. Ces préoccupations sont logiques dans un monde où les rendements restent faibles, en raison de la pauvreté des sols, de la sécheresse du climat, et de techniques agricoles qui demeurent assez primitives.

Il convient de préciser la description en apportant des distinctions entre les économies locales. Les conditions naturelles et l’existence d’une forte concentration des pouvoirs politique, administratif et militaire sont deux des facteurs les plus discriminants. On doit ainsi faite une place spécifique à l’économie lagide : le dirigisme royal oriente les productions en fonction des besoins et des profits prévisibles. Chaque grande métropole bénéficie naturellement d’une vigilance attentive de la part du souverain local, désireux d’assurer le calme dans sa capitale.

Les régions d’agriculture sédentaire

Situées partout où le climat et le relief le permettent : Grèce européenne, Anatolie, Mésopotamie, vallée du Nil et son delta, oasis espacés de l’Orient séleucide. Dans l’agriculture sédentaire, il faut distinguer celle des régions touchées par le grand commerce, et celle qui est pratiquée dans les régions de l’intérieur où l’économie monétaire ne joue encore qu’un faible rôle à la fin du IVème siècle. Ailleurs, notamment dans l’Egypte lagide, les impératifs qu’impose la crue annuelle du Nil ont habitué les paysans à accepter une organisation beaucoup plus collective de la vie rurale.

L’élevage transhumant

Il s’est développé dans les régions du monde grec et hellénisé ne bénéficiant pas des conditions géographiques nécessaires à une agriculture sédentaire. Le cadre de la cité-État est trop réduit pour convenir à des populations habituées à se déplacer régulièrement sur une centaine de kilomètre au moins(3).

Le nomadisme

Il est associé aux activités des villageois, et structure la vie économique de vastes régions du royaume séleucide. Forme de transhumance, mais sans habitat principal fixe.

Parfois l’artisanat constitue la principale activité économique

Chaque région cherche à produire ce qui lui est nécessaire mais les produits de qualité viennent de quelques centres plus importants : l’Egypte manque de minerais et doit tout importer, alors que l’Asie Mineure et la Grèce possèdent minerais et traditions artisanales. Les ateliers monétaires sont nombreux, surtout pour la frappe du bronze, les monnaies d’argent et d’or sont le monopole des rois. A l’inverse du travail des métaux, les centres de production de céramique sont très diversifiés, car cette industrie n’exige pas de gros investissements ni une technique très sophistiquée.

Le monde hellénistique est loin d’être un grand marché unifié, qui serait parcouru par des populations nombreuses et très mobiles. En réalité, une multitude de petites unités, politiques, parfois nationales, sociales, et économiques, se juxtaposent, pour constituer un espace fort peu homogène, aux horizons réduits, dont les productions et la monnaie locale sont souvent les seules à être utilisées.


(1). E. Will, “Le monde hellénistique”, in Le Monde grec et l’Orient. (2). M. Rostovtseff, The Social and Economic History of the Hellenistic World, Oxford, 1941. (3). G. Fabre (éd.), La Montagne dans l’Antiquité, Publications de l’Université de Pau, 1993.

 
typologie-des-economies-hellenistiques.txt · Dernière modification: 17/01/2008 14:32 par jerome
 
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