Source: Catherine locatelli, Chargée de recherche CNRS, LEPII - EPE, Université Pierre Mendès - France, Grenoble, in Courrier des pays de l'Est
La principale compagnie gazière de la Russie, Gazprom, tend ces dernières années à développer une stratégie d'internationalisation poussée. Sa volonté de doper ses exportations, sa polit d'acquisition d'actifs au travers d'investissements directs à l'étranger, ainsi que la diversification de la base de ses réserves et donc de l'origine de sa production en sont les 3 caractéristiques les plus marquantes. Cette évolution traduit un mouvement plus général d'insertion de la Russie dans l'éco mondiale. Dans cette logique, il importe que le pays se dote de véritables compagnies d'hydrocarbure internationalisées.
Cette tentative d'internationalisation de la part de Gazprom n'est pas sans susciter nombreuses d'inquiétudes et d'interrogations, la Russie étant tour à tour accusée de vouloir limiter ses exportations vers l'Europe ou, à l'inverse, d'imposer sa suprématie dans l'industrie du gaz par sa polit d'investissements directs. L'enjeu est éco, mais aussi polit, car l'internationalisation de Gazprom a pour toile de fond la volonté de Poutine de mettre le secteur des hydrocarbures au service de sa polit étrangère, dont l'objectif majeur est de réaffirmer la puissance russe sur la scène internationale.
Gazprom étant le premier producteur mondial de gaz, avec des réserves considérables et détenant le monopole des exportations gazières, les évolutions de ses comportements et de ses stratégies sont importantes pour l'approvisionnement et la stabilité des marchés européens. Mais la dépendance est réciproque, tant les livraisons de gaz de la Russie vers l'Europe sont vitale pour son éco en termes de recettes budgétaires.
La stratégie de GAZPROM s'inscrit dans le vaste mouvement de réorganisation de l'ensemble du secteur des hydrocarbures russes, lui - même indissociable de la polit internationale qu'entend mener le gouvernement. Il s'agit avant tt autre chose de faire émerger quelques grandes entreprises (pétrole - gaz) internationalisées, mais majoritairement détenues par l'Etat, capables de rivaliser avec les principales majors pétrolières mondiales. Gazprom en serait le modèle type.
La première évolution importante dans le secteur des hydrocarbures russe porte sur l'émergence et la coexistence de formes de propriété multiples qui vont de la société privée à la compagnie majoritairement détenue par l'Etat. On n'assiste pas à une renationalisation complète du secteur, mais à l'apparition d'entreprises dont le capital est pour partie public et pour partie privé. Ainsi, l'augmentation de la part de l'Etat (de 38 à 51%) dans la compagnie gazière en 2005 a été suivie en 2006 de la libéralisation du marché des 49% des actions restantes. L'Etat s'étant assuré un contrôle majoritaire, il devient possible et acceptable d'ouvrir le capital aux investisseurs privés. Dès lors, Gazprom se positionne au 3e rang mondial en termes de capitalisation boursière. La libéralisation du marché de ses actions lui permet d'attirer des capitaux et de desserrer pour partie la contrainte financière. Une évolution similaire semble se dessiner pour la compagnie pétrolière Rosneft avec l'ouverture partielle de son capital.
Cette combinaison de capital privé et public paraît être destinée à associer l'efficience liée à la gestion privée et un contrôle étroit de l'Etat sur l'orientation des industries des hydrocarbures. Ce contrôle est rendu nécessaire par la volonté du gouvernement de Poutine de faire de l'énergie un facteur structurant des relations de la Russie avec ses grands partenaires. Il est sans doute aussi lié aux “échecs” et résultats inattendus de la privatisation de l'industrie pétrolière. Ce secteur marqué par des comportements d'extraction de liquidité et de prédation d'actifs doit envisager aujourd'hui un renouvellement de ses réserves.
Le 2e grand axe de la réorganisation du secteur des hydrocarbures de la Russie consiste dans la création de compagnies d'hydrocarbures, afin de mettre fin à l'héritage du système planifié qui instaurait une coupure entre le pétrole et la gaz. Cette tendance recouvre 2 grandes évolutions. La Première voit le renforcement de la prééminence de Gazprom dans son secteur, puisque celui - ci dispose désormais du monopole d'exportation de gaz naturel et de gaz liquéfié (GNL) sur l'ensemble du territoire. Par ailleurs, ses prises de participation dans le capital de quelques grands producteurs “indépendants” (Novatek, Northgaz et Itera ) étendent son contrôle sur l'offre gazière de la Russie.
La 2e évolution porte sur le rachat d'entreprises pétrolières par Gazprom et s'inscrit dans la logique visant à constituer une gde compagnie d'hydrocarbures. Ainsi, en 2005, le groupe gazier a acquis 75, 7% du capital du 5e producteur pétrolier de Russie, Sibneft (aujourd'hui rebaptisé Gazprom Neft) et, par ce biais, 36,3% des parts de l'entreprise Slavneft. Son objectif est de produire 1,6 million de barils de pétrole par jour en 2020. Cette stratégie se prolonge par la volonté de pénétrer le secteur de l'électricité, avec le rachat de paquets d'actions lors des processus de privatisation et de libéralisation de ce dernier. Aujourd'hui, Gazprom détient directement 20% et par l'intermédiaire de sa banque Gazprombank, 13% de Mosenergo. Elle a aussi racheté 10,5 % de la compagnie nationale d'électricité RAOUES. Cette diversification est liée au bas niveau des prix qui caractérisent les relations entre les secteurs gazier et électrique russes. Elle s'inscrit dans le cadre de la restructuration de l'ensemble du secteur industriel qui tend à la création de grands conglomérats intégrés verticalement.
Enfin, le 3e axe de la réorganisation impulsée par Poutine vise ds un contexte d'insertion de la Russie dans l'éco mondiale, à créer des compagnies internationalisées. Pour l”heure, les entreprises énergétiques russes demeurent essentiellement nationales. Pour Gazprom, l'enjeu est avant tt éco. Face au renforcement de la concurrence mondiale, il lui importe d'être à même de rivaliser avec les plus gdes majors pétrolières internationales. Pour l'Etat, l'internationalisation du goe est un moyen d'affirmer sa présence ds des zones jugées prioritaires en ayant la hte main, sur des industries stratégiques.
La stratégie d'internationalisation de Gazprom s'appuie sur 3 logiques. La 1re vise à trouver de nouveaux marchés en Asie et aux USA. Il s'agit de consolider les parts de marché dans l'UE, l'impératif dans cette région étant la sécurisation des exportations. Mais cette démarche s'accompagne d'une polit d'acquisition d'actifs à l'étranger, selon une logique d'insertion dans l'économie mondiale par l'investissement. Face à la libéralisation du marché gazier de l'UE, elle conduit Gazprom à chercher une intégration poussée vers l'aval et se double, dans la CEI et en Europe centrale, de la volonté de sécuriser les principales voies d'exportation à destination de l'Europe de l'ouest. Enfin, il est crucial d'accroître et de diversifier la base des réserves. La polit d'investissement de Gazprom en Asie centrale sert explicitement cet objectif.
La volonté de diversifier les marchés d'exportation affichée par les dirigeants de Gazprom représente une rupture nette dans la politique gazière de la Russie qui a pour l'essentiel prolonger celle de l'URSS. Il s'agit aujourd'hui pour la Russie de se positionner sur les marchés asiatiques et nord - américain et donc d'accroître la couverture géo de ses exportations.
Les exportations de la Russie se partagent entre 2 principaux marchés: celui de la CEI et surtout celui de l'Europe. L'U.E., avec 133 Gm3, soit 57 % du total, constitue le principal débouché. Les exportations vers l'Europe sont essentielles pour la rentabilité de Gazprom puisqu'elles assurent environ 70% de ses revenus alors qu'elles n'ont absorbé en 2005 que 24% de sa production. Les hausses de prix sur le marché européen ont renforcé le différentiel entre prix intérieurs et prix à l'exportation. En 2006, les premiers ont été en moyenne de 45 dollars pour 1000 m3, mais avec un niveau plus bas pour le secteur résidentiel contre des prix en moyenne de 240 dollars pour 1 000 m3 pour les exportations à destination de l'Europe. En dépit des hausses de ces dernières années, certains prix internes demeurent sous - évalués par rapport aux coûts de production estimés de Gazprom. En conséquence, des segments importants de son marché intérieur restent non rentables. Les tarifs régulés devraient augmenter de 15% en 2007 et enregistrer de plus fortes hausses à partir de 2008.Tant que le marché de l'UE bénéficiera de cette “prime à l'exportation”, il devrait rester la destination privilégiée de la Russie. A l'inverse, l'alignement des conditions de valorisation du gaz sur le marché local et sur celui de l'UE offrira des possibilités d'arbitrage quelque peu différentes pour la société gazière. De la même manière, tant que de nouvelles infrastructures (gazoducs, filières de GNL) ne seront pas mises en place pour des exportations, soit vers l'Asie, soit vers les USA, le marché européen demeurera le seul débouché rentable pour la Russie. Ses objectifs d'exportation vers l'Europe, ainsi que sa stratégie de sécurisation et de multiplication des voies d'exportation vers cette zone en attestent. Pour Gazprom, l'enjeu est d'une part, de maintenir voire d'augmenter ses parts de marchés dans les pays traditionnellement consommateurs de gaz russe, comme l'Allemagne, la France ou l'Italie et, d'autre part, de trouver de nouveaux clients, par ex au R.U.
La volonté d'accroître les exportations vers l'Europe s'accompagne logiquement de l'ouverture de nouvelles voies d'acheminement, afin non seulement d'augmenter les capacités de transport, actuellement de l'ordre de 145 gm3 par an, mais aussi de diversifier les routes et ainsi sécuriser les exportations vers l'UE. Le démantèlement de l'URSS a été perçu par Gazprom comme fragilisant le dispositif d'exportation de la Russie, car les pays de transit se sont multipliés et ceux que traversent les gazoducs vers l'UE (Pologne, République tchèque et Slovaquie) sont sortis de son orbite. La mise en service du gazoduc Iamal - Europe qui passe par la Biélorussie marque la première étape de cette diversification, dans la mesure où elle permet d'échapper au seul transit par l'Ukraine. Mais elle se concrétisera véritablement avec la réalisation du Nord Stream, sous la mer Baltique, qui desservira l'Europe du Nord (Allemagne). Ce gazoduc sera la première voie vers l'Europe qui n'aura pas à passer par un pays de transit.
La sécurisation des voies d'exportation peut être aussi obtenue par un moyen plus délicat à manier, consistant à prendre des participations dans les sociétés gérant les gazoducs de transit lors de leur privatisation. Cette option a été tentée en Slovaquie avec l'entrée de Gazprom dans un consortium formé par GDF et Ruhrgas qui s'est porté acquéreur de la société Spp gérant le gazoduc à destination des marchés européens. Mais c'est en Biélorussie et en Ukraine que les enjeux sont les plus cruciaux et sans doute les plus politisés. Ainsi, la remise en cause par le gouvernement ukrainien du principe de création d'un consortium par Gazprom et la société d'Etat Nafttogaz chargé de gérer et de rénover le réseau de transit gazier en Ukraine a été l'un des motifs à l'origine de la crise gazière entre ces 2 pays fin 2005 - début 2006.
La Russie pourrait devenir un fournisseur important de l'Asie (par ex Chine), avec la mise en valeur des gisements de Sibérie orientale et d'extrême Orient dont les réserves seraient de l'ordre de 6,5 trillions de m3, le développement du gisement de Kovytka pourrait dans un premier tps permettre de fournir 20 Gm3 de gaz à la Chine et 10 Gm3 à la Corée du Sud. Les exportations à partir des gisements de la République de Sakha ne seraient envisagées que dans un 2e tps (après 2010). Enfin, à très long terme, la construction d'un “Northeast Asia Gas Pipeline Network”, reliant le Japon, la Chine et la Corée aux régions producyrices de Sakhaline et de la Sibérie orientale pourrait être réalisée.
De nombreuses incertitudes doivent être surmontées avant que ces projets ne se concrétisent. La demande de gaz par la Chine est, pour l'heure, bridée par l'insuffisance du réseau interne de distribution et par des prix relatifs qui assurent au charbon une meilleure compétitivité. De ce pt de vue, la question du prix du gaz importé de Russie sera déterminante pour la conquête du marché chinois. Le développement de la Sibérie orientale reste entravé par les incertitudes institutionnelles russes Alors que Gazprom s'est vu attribuer le monopole des exportations sur l'ensemble du territoire, la mise en valeur des plus grands gisements de Sibérie orientale relève actuellement de compagnies pétrolières privées, comme c'était le cas jusqu'en juin 2007 pour Kovytka, dont la licence était détenue par TNK - BP. Les désaccords entre Gazprom et les acteurs privés du secteur sur les stratégies de développement de la zone sont nombreux: Le monopole s'est plusieurs fois prononcé en faveur d'un approvisionnement de l'Asie à partir de la Sibérie occidentale (projet Altaï), solution adoptée, semble- t- il, dans l'accord signé début 2006 avec la Chine.
Le développement des exportations de GNL, notamment à destination du marché nord - américain, est une priorité pour Gazprom dans la mesure où il constitue le seul moyen de répondre réellement à sa stratégie de diversification des marchés. Cette stratégie de diversification vise plusieurs objectifs. Ainsi, une fois Gazprom devenu une gde compagnie internationalisée, il ne dépendrait plus, comme actuellement, du seul marché européen, et de plus, l'existence d'autres débouchés lui fournirait des arguments de poids dans ses négociations avec les pays de l'UE. De ce pt de vue, les tentatives de Gazprom de lier plus étroitement les régions orientales de la Russie à l'ensemble de son système de transport et donc d'intégrer les ressources gazières des parties européennes et orientale di pays, pourraient rendre crédible sur le long terme une stratégie de mise en concurrence des marchés gaziers européens et asiatiques, ainsi que des possibilités d'arbitrage selon les différentiels de prix constatés entre les marchés. La diversification des marchés répond aussi à la volonté de l'Etat russe qui entend utiliser “l'arme du gaz” pour donner aux relations du pays avec ses principaux partenaires et à son insertion dans le monde l'orientation qui lui convient: en se positionnant en tant que fournisseur incontournable des grands marchés énergétiques et en organisant une certaine concurrence entre eux, la Russie devrait être amenée à jouer un rôle géostratégique majeur.
Depuis une dizaine d'années, la stratégie d'internationalisation de Gazprom tend de plus en plus à s'affirmer au travers d'une polit d'investissement directs qui vient à l'appui de ses exportations. Ds le contexte actuel de libéralisation du marché gazier de l'UE, l'accent mis par la compagnie sur l'intégration en aval de la chaîne gazière centrée sur l'Europe et la CEI peut s'analyser comme une tentative de sécuriser et d'accroître ses parts de marché. Cette option vise aussi à récupérer une partie de la rente gazière en lui donnant un accès direct aux consommateurs finaux (R.U. France, Italie ). A l'oeuvre depuis la fin des années 80, cette orientation est à l'origine de la constitution de la société mixte Wintershall - Gazprom dénommée Wingas. Dans un premier tps, elle s'est en effet limitée à la création de sociétés mixtes dans la distribution, la vente et le transport du gaz avec les “partenaires historiques” de Gazprom dans les contrats de long terme (GDF, OMV, SNAM…). Ayant pour objectif l'ouverture d'unn accès direct aux consommateurs finaux, la polit d'investissements de Gazprom consiste à prendre des participation dans un certain nombre d'entreprises importantes de distribution, de transport et de commercialisation des pays de l'UE ou à créer des sociétés mixtes et des filiales concurrentes de ses principaux partenaires, à l'image de Gazprom Marketing and Trading France SAS. Le monopole gazier agit de même dans les pays de l'ex - Union soviétique (Etats baltes) ou de l'ex - CAEM (Pologne, Hongrie, République tchèque et Slovaquie), à l'occasion des processus de privatisation des industries gazières.
Le choix en faveur d'une intégration vers l'aval du groupe gazier est conforté par sa volonté clairement affirmée de lier l'accès à ses ressources à l'ouverture du marché européen du gaz. Le contrat signé en 2006 entre le groupe allemand BASF et Gazprom constituerait ainsi les prémices d'un nouveau dispositif d'accords et de partenariats bilatéraux entre les pays consommateurs et le producteur russe. Portant sur l'ensemble de la chaîne gazière puisqu'il concerne les activités d'exploration - production (en Russie), de transport et de distribution, le contra signé avec BASF offrirait, au travers d'échanges d'actifs, une configuration favorable aux deux parties. Il impliquerait une intégration plus marquée de la Russie à l'éco mondiale, tt en permettant de renforcer la sécurité énergétique des pays de l'UE via la participation de leurs entreprises au développement des ressources naturelles russes.
La décision de Gazprom de s'implanter en Asie Centrale (Kazakhstan, Ouzbékistan, Turkménistan), répond à son souci de diversifier sa production et d'élargir la base de ses réserves qui, pour l'heure, sont situées en Russie à hauteur de 70% du total. Ce choix l'amène donc à conclure des accords de partage de production avec ces différents pays, qui s'inscrivent généralement dans le cadre de partenariats plus ou moins développés, eux - mêmes s'insérant dans les nombreuses organisations internationales à vocation régionale qui voient le jour en Asie, ainsi qu'à s'engager dans des sociétés à capital mixte.
Divers facteurs sont susceptibles de peser sur la stratégie d'internationalisation de Gazprom et d'en limiter la portée. Le premier concerne sa polit d'exportation et sa nécessaire adaptation à de nouvelles “règles du jeu”, en raison notamment des changements intervenus sur le marché gazier de l'UE. La “libéralisation” de ce marché qui s'accompagne d'un renforcement de la concurrence et d'une modification des relations contractuelles entre producteurs et consommateurs ne peut être ignorée par le monopole gazier. L'accroissement prévisible de la concurrence sur le marché européen peut mettre en question la compétitivité des exportations de Gazprom, alors même qu'il risque de devoir faire face à une augmentation de ses coûts de production en raison de l'épuisement des gisements de Sibérie occidentale. Gazprom a-t- il les moyens de renouveler ses réserves de façon à augmenter sa production, tt en continuant à investir dans l'“aval” et les réseaux européens et à diversifier ses activités à l'intérieur de la Russie ?
Dans ses relations avec les pays de l'UE, Gazprom reste attaché aux contrats de relativement long terme, comme en témoigne la reconduction (jusqu'en 2030 - 2035) de ceux passés avec quelques - uns de ses principaux partenaires, GDF, OMV, ENI et BASF. Ces accords lui garantissent des débouchés et des prix stables et donc des revenus sûrs, condition du développement à gde échelle de nouvelles régions gazières comme celle de Iamal. Quand il se lance dans la conquête de nouvelles parts de marchés, Gazprom peut faire preuve d'une certaine flexibilité afin de tirer parti des opportunités offertes par la libéralisation.
Mais appliquées à gde échelle, de telles pratiques poseraient à nouveau le dilemme de l'arbitrage à effectuer entre les prix et les volumes. Une intervention massive de Gazprom sur ces marchés pourrait fragiliser les contrats de moyen et long terme qu'il entend maintenir. Une stratégie visant l'approvisionnement des clients “aval” risque de remettre en cause les volumes stipulés dans les contrats signés avec les “clients historiques” de Gazprom. Il s'agit donc de déterminer un portefeuille contractuel optimal. Celui - ci dépendra des conditions institutionnelles prévalant sur le marché gazier de l'UE, mais aussi et peut - être de manière décisive de celles existant sur le marché russe. Les bas prix de l'énergie et la persistance de certaines formes d'impayés sont des facteurs susceptibles d'influer sur sa capacité de production et donc d'exportation future.
Au - delà de 2010, les évolutions de la production gazière russe demeurent empreintes d'une gde incertitude. Les grands gisements mis en exploitation à l'époque soviétique ( Medvejie, Ourengoï et Iambourg ) arrivant à maturité, le développement de nouvelles zones de production s'impose. Jusqu'en 2010, les nouveaux champs mis en service ( Zaporlarnoïe, Pestovoïe, Tarkosalinskoïe…) permettront de compenser le déclin attendu de la production des 3 “super géants”. Ensuite, pour simplement maintenir son niveau actuel de production, Gazprom devra accroître ses capacités de 70 Gm3 d'ici à 2015 et de 180 Gm3 d'ici à 2020, et donc investir massivement ds la mise en valeur de régions riches en gaz, comme celle de Iamal, et dans les gisements offshore des mers de Barents et de Kara.
Gazprom semble pou l'heure préférer affecter des moyens limités au développement de nouveaux gisements, à savoir un peu moins de 30% du total. Ses hésitations quant aux zones à mettre prioritairement en production, Iamal versus Chtokman, sont révélatrices de l'ampleur des difficultés.
Les réformes de l'industrie gazière russe, si elles sont engagées, pourraient créer un environnement particulièrement incertain et sans doute risqué pour les acteurs éco. Le marché russe demeure soumis à certaines règles héritées du système d'éco planifiée, puisque Gazprom continue de négocier des quotas directement avec ses principaux consommateurs selon des normes relativement opaques. Ds ce contexte, les conséquences des évolutions des prix intérieur sur la demande et sur l'offre, et donc sur la capacité d'exportation de Gazprom, sont des inconnues majeures de l'équation gazière russe. De fortes hausses des prix pourraient brider la consommation intérieure et libérer des quantités pour l'exportation sans augmentation massive de la production. Mais inversement ces prix seraient susceptibles de rendre les débouchés européens moins attractifs, dès lors que la rentabilité de Gazprom sur son marché intérieur serait assurée. Ds ses 2 scénarios, le développement à gde échelle de nouvelles régions gazières comme Iamal ne pourrait que partiellement se justifier. Dès lors, le monopole gazier pourrait envisager une croissance plus lente de sa production de façon à “économiser” ses réserves et à maintenir sa vitesse de croisière sur un plus long terme. Selon les hypothèses sur le niveau des prix intérieurs, les sociétés pétrolières pourraient fournir, en 2020, 195 - 315 gm3 (hypo haute) ou 35 Gm3 (hypo basse) de gaz.
Jusqu'à présent, le gouvernement russe, privilégiant les objectifs sociaux et la lutte contre l'inflation, a choisi de procéder à des hausses de prix modérées et étalées dans le tps, alors que Gazprom s'est positionné en faveur de relèvements nettement plus conséquents et plus rapides. Si une telle politique devait se poursuivre, elle serait susceptible d'entraver le développement des capacités de production des producteurs indépendants, mais aussi de Gazprom et, par voie de conséquence, de l'ensemble de l'industrie gazière russe. La mise en exploitation de nouveaux gisements par Gazprom dépendrait alors largement des conditions de valorisation de son gaz sur les marchés à l'export (formes contractuelles, prix….), alors que, dans le même tps, il serait dans l'obligation d'approvisionner un marché intérieur caractérisé par une consommation tjrs élevée.
L'apport de l'Asie centrale (Kazakhstan, Turkménistan) permet aujourd'hui à Gazprom de boucler son bilan gazier et, sans forte hausse de sa production, de satisfaire la demande intérieure de la Russie et ses engagements contractuels en matière d'exportation. Les importations en provenance de cette zone permettent de différer la mise en valeur de nouvelles zones riches en gaz où les coûts de production sont plus élevés qu'en Asie centrale. Les marchés du sud de la Russie représentent un débouché attractif et rentable pour le Kazakhstan, le Turkménistan et l'Ouzbékistan, en l'absence de grandes voies d'acheminement vers l'Europe ou vers la Chine et l'Inde. L'Asie centrale tend ainsi à s'affirmer sur le moyen terme comme une variable importante de la polit énergétique russe.
La politique d'investissement dans l'exploration et la production dépend désormais de plus en plus de la volonté de Gazprom d'élargir la gamme de ses activités et de se constituer en entreprise énergétique et non plus seulement gazière. Une telle diversification s'opère aujourd'hui principalement en direction des secteurs pétrolier et électrique. Mais le risque implicite de cette orientation est que Gazprom détourne une partie de ses investissements hors de son coeur de métier, alors même que le développement de nouvelles zones, comme d'ailleurs de la nouvelle technologie du GNL, nécessite des engagements financiers considérables.
Pour un tps encore, l'UE restera le marché d'exportation privilégié de Gazprom. Néanmoins, son internationalisation apparaît relativement inéluctable dans le contexte russes actuel, notamment parce qu'elle s'accorde avec la polit qu'entend mener Poutine dans le secteur des hydrocarbures, où Gazprom fait de plus en plus figure de modèle organisationnel.