====== Les montagnes françaises ====== Fiche de synthèse à partir du livre de Philippe Piercy, La France, le fait régional, Hachette supérieur, 2000 (source principale) ainsi que celui de F. Damette et J. Scheibling, la France, permanences et mutations, hachette supérieur, 1995 (de façon plus marginale). La loi montagne de 1985 définie au niveau « juridique » le milieu montagnard. L’altitude et l’étagement des activités en fonction des milieux ainsi que la position par rapport aux massifs sont pour le géographe les clefs de lecture de l’espace montagnard. __La haute montagne__ Elle possède un étagement complet, jusqu’à l’étage nival, des versants longs et nuancés par l’exposition. On la trouve peu en France, et sa position est périphérique dans l’espace national. A son sujet on est passé d’une image répulsive à une image positive, pour un milieu protégé depuis 1963 (parc de la Vanoise). - Il existe une identité micro régionale issue du cloisonnement en massifs et vallées, isolées par des lignes de crêtes, réunies par des cols élevés. Ces unités qui fragmentaient les sociétés traditionnelles délimitent des bassins touristiques (Tarentaise), des parcs, … - Importance des complémentarités et des interactions entre espaces et fonctions de la haute montagne.. L’étagement bioclimatique est déterminant pour les activités récemment implantées. Les sports d’hiver ont valorisé les ubacs, les replats à mi-hauteur (épaulements glaciaires) accueillent des implantations touristiques. Les fonds de vallées en verrous étroits avec des gorges s’opposent aux larges ombilics au niveau des possibilités d’aménagement. D’amont en aval les vallées se partagent les fonctions, par exemple l’Arve traverse Chamonix (tourisme), Cluses (Industrie) et Genève. De la même façon on trouve un découpage fonctionnel de la vallée de la Maurienne : pastorale et touristique jusqu’à Modane, industrielle ensuite et enfin on trouve dans la basse vallée une concentration de population et d’équipements. - Importance des grands axes de communication qui les irriguent et spécialisent leurs villes dans les fonctions logistiques. On trouve des villes de pied de col et de fortification (Modane, Briançon), de sillon, de confluence entre vallées principales et secondaires (Cluses, Moûtiers, Sallanches). Le contexte communautaire renforce ces flux du fait de la position frontalière (Tunnel du Mont Blanc et la vallée de l’Arve, autoport de Modane vers le tunnel du Fréjus). - Les hautes montagnes sont commandées de l’extérieur, elles sont inséparables des villes de piémont qui en tirent une partie de leur importance, Grenoble, Annecy, Chambéry sont des « villes- portes ». __La moyenne montagne__ Elle est située approximativement entre 400 et 2000 mètres d’altitude, définie par l’importance des systèmes agro et surtout sylvo-pastoraux. C’est une montagne « à vache » au 1er sens du terme. Elle connaît une diminution et une concentration de ses habitants malgré des situations très diverses. Les terres sont moins « compétitives » qu’en plaine et le reboisement est souvent synonyme d’abandon. • L’exemple du Morvan montre bien les difficultés de ce type d’espace. Il est peu élevé (350 à 900 mètres) mais le climat est rigoureux et arrosé, avec des sols acides et lessivés. Il y a une tradition de pauvreté rurale, un morcellement foncier et une forte dépendance envers Paris. Spécialisation dans l’élevage naisseur de bovins charolais et dans quelques cultures (blé, fourrage) entre 1850 et 1950. Exode rural et vieillissement de la population. La forêt a un rôle très important mais le bois induit peu d’emplois. Les villes sont petites et périphériques, elles ont peu profité de la décentralisation industrielle (sauf Autun). On trouve dans le Morvan toute la gamme du tourisme vert (sauf les loisirs de neige) dans le cadre d’un parc naturel régional. Ces activités sont favorisées par la clientèle parisienne et bourguignonne mais pénalisées par la dispersion et la concurrence des initiatives. • La moyenne montagne est fragile et en difficulté mais à l’échelle locale plus que régionale on trouve des « grains » ou des « grappes » (P. Piercy) de dynamisme qui permettent la reprise démographique par immigration dans certains lieux de Lozère ou des Cévennes. Les Causses (lait pour le Roquefort) les Alpes du Sud (clientèle pour les loisirs), le Morvan ou la Corrèze (« privilèges » politiques) sont des exemples de facteurs locaux de dynamisme (auxquels il faut ajouter les AOC) • On peut approcher les moyennes montagnes sous trois angles complémentaires au niveau régional : * Sur le plan économique elles offrent des espaces et des ressources (terres, eau, bois, …) abondants mais mal adaptés au système marchand. Cet espace, mal adapté pour les sports d’hiver malgré les tentatives, est en train de « passer du statut de « boulet » à celui de « réserve ». Pour cela il faut une accessibilité suffisante (qui fait parfois défaut) mais qui offre alors un enjeu économique considérable. L’Auvergne atteint 15% du chiffre d’affaire agricole de la région grâce à des produits de qualité (lentilles, fromage, viande, …) mais les effets induits en aval et en amont sont limités et le caractère peuplant de ces activités est faible. * Au niveau de l’équipement en services de base et de l’opposition entre communes vidées de leur tertiaire et bourgs centre on peut distinguer 4 types : - Le type « ariégeois » : Préalpes du sud (Diois, Baronnies, …), cantons cévenols et Ariége qui ont les plus faibles densités de France et 2/3 des communes au plus bas niveau d’équipement. Le déclin démographique est continu, les bourgades sont extérieures (Die, Aubenas, …) ou incomplètes (Tarascon). - Le type « haut corrézien » se distingue par la résistance d’une petite ville centre (Ussel) et de quelques relais. On le trouve surtout dans le Massif Central ( Aubrac, Margeride, Livradois Forez), les plateaux du Jura, le Bugey, le sud du sillon alpin (Matheysine, Triève). - Le type « Ségala de l’Aveyron » comprend les monts du lyonnais et du Beaujolais, le haut Jura, le cantal, les Combrailles, la Marche, le Velay et le Gapençais. On y trouve un bourg centre étoffé, des communes vastes garantissant un équipement de base complet et des densités de 20 à 30 hab./km² - Le type « vosgien » comprend aussi les pays de Gex et d’Yssingeaux qui ont des traditions de pays atelier avec des densités « fortes » et un niveau d’équipement élevé. Les Préalpes du Nord sont en dehors de cette typologie car très intégrées à l’aire périurbaine des villes portes des Alpes. * L’intégration des moyennes montagnes dans leurs espaces régionaux est un autre facteur de différenciation. Dans des régions « riches » et très métropolisées elles font figure de parents pauvres ou d’aires de loisirs mal intégrées (Languedoc, Lorraine, Franche-comté, Aquitaine, Midi-Pyrénées). A l’inverse en auvergne ou en Limousin les Hautes Terres sont très représentées, sont un vivier de notables et tendent à monopoliser l’action d’aménagement régional.