Source: Robert Frank, in Vingtième Siècle, 1998, n°60
L’idée d’Europe – le projet de construire son unité – ne se porte pas si mal, mais inspire-t-elle autre chose qu’un consensus mou ?
Or, l’engagement anti-européen parle souvent + fort que l’engagement européen. Il n’en a pas toujours été ainsi. Au coeur de tout engagement il y a une idée. L’idée européenne n’est pas neuve. Visant un idéal de paix dès ses origines, elle suppose une « identité » européenne, fondée sur un sentiment d’appartenance à une civilisation commune. On trouve trace de cette idée dans le traité rédigé en 1464 par Georges PODIEBRAD, roi de Bohême, puis chez SULLY, HENRI IV, ROUSSEAU, KANT et chez les romantiques comme MAZZINI ou HUGO. On ne peut cpdt pas encore parler d’engagement, car la « cause » n’a pas encore un caractère de nécessité.
Aussi, l’idée d’Europe et l’idéal de paix qui lui est attaché ne s’imposent de façon pressante qu’après 1914-18. Dès lors surgit une « conscience » européenne, le sentiment de la nécessité vitale de faire l’Europe, contre un nouveau massacre, contre le « déclin de l’Occident » du philosophe allemand Oswald SPENGLER (1931) ou du « déclin de l’Europe » d’Albert DEMANGEON (1920).
Gaston RIOU (S’unir ou mourir, 1929) définit le passage de « l’idée » à la « conscience » : « L’heure n’est plus aux rêves, la nécessité nous talonne… ce qui ne fut longtemps qu’une sublime vision de l’esprit est devenu, dans le danger commun à toutes les nations d’Europe, un simple réflexe de défense. A cette heure, quiconque est capable de réfléchir (…) aboutit à la même conclusion monotone : faire l’Europe ». D’autre part, pour tout engagement, il faut l’identification forte d’un adversaire : « le nationalisme de puissance » (par opposition au « nationalisme d’existence » selon la distinction établie par René GIRAULT, Peuples et nations d’Europe au 19ème siècle, 1996).
Une figure qui apparaît comme le 1er modèle de l’européen engagé, située à la croisée de tous ces milieux et capable de les mettre en synergie, émerge : Richard COUDENHOVE-KALERGI. Cet aristocrate, fils d’une mère japonaise et d’un père diplomate de l’ancien empire d’Autriche-Hongrie, fondateur de l’Union paneuropéenne en octobre 1923 diffuse ses idées à travers des articles et des livres. Il espère imprégner en profondeur les sociétés européennes de l’idée de Paneurope, grâce à la multiplication des contacts dans différents pays d’Europe. Son 1er congrès paneuropéen rassemble 2000 personnalités de 1er plan à Vienne en 1926. L’année suivante il obtient de BRIAND qu’il accepte la présidence d’honneur de l’Union paneuropéenne. Louis LOUCHEUR, président du comité français de Paneurope, joue un rôle essentiel pour élargir le réseau aux milieux de l’industrie et de la banque. Quant à la liste des intellectuels ralliés à Paneurope, elle est impressionnante : Paul VALERY, Paul CLAUDEL, Jules ROMAINS, les frères MANN, Stefan ZWEIG, Sigmund FREUD, Albert EINSTEIN, ORTEGA y GASSET… Il préconise une union européenne progressive qui s’achèverait par une organisation fédérative : les Etats-Unis d’Europe, sans l’Angleterre. Il est persuadé que son mouvement et sa doctrine sont à la base du projet BRIAND et du célèbre discours du 5 septembre 1929 à la SDN sur la nécessité de créer « une sorte de lien fédéral » entre les peuples d’Europe, puis du « Mémorandum sur l’organisation d’un régime d’union fédérale européenne » du 17 mai 1930.
Le mathématicien Emile BOREL, élu député du Cartel des gauches dans l’Aveyron en 1924, puis Ministre de la Marine dans les deux brefs gouvernements de PAINLEVE en 1925, fonde en 1927 le Comité français pour la Coopération européenne, « avant de créer une organisation fédérative à l’échelle de l’Europe ». Il a fait la guerre de 1914-18, ce qui n’est pas le cas de COUDENHOVE, de 23 ans son cadet. Aussi à la différence de ce dernier, il soutient la SDN. Il ne peut pas non plus envisager l’Europe sans l’ancien allié britannique. Il donne dans son mouvement la part belle aux parlementaires, au parti radical, aux universitaires, aux syndicalistes, sans pour autant négliger les patrons. Il est évident que le projet BRIAND a beaucoup emprunté à ses idées. La formule prudente de « coopération européenne », souvent employée dans le Mémorandum de 1930, a plu.
Les cercles économiques comptent sans doute parmi les plus rapides à s’engager et à répondre aux appels du mouvement européen. Leur « conscience » est particulièrement vive, car le déclin de l’Europe face à la concurrence et à la montée en puissance des Etats-Unis y est plus durement ressenti. Pendant les années 1920, il existe 2 approches en matière d’organisation économique de l’Europe :
A cette époque, engagement des milieux économiques et des intellectuels s’associent. Emile MAYRISH ne fonde pas seulement le Cartel de l’acier en 1926 mais aussi le Comité francoallemand d’information et de documentation, dont le but est de favoriser les rencontres entre industriels, écrivains, intellectuels des deux côtés du Rhin et de favoriser l’émergence d’un esprit européen.
D’une façon générale, les intellectuels ont été nombreux à prendre parti pour l’Europe. Le pacifisme est le principal fondement de leur action. La hantise du déclin, de la « décadence » de l’Europe (l’humanisme mis à mal par l’inhumanité de la Grande Guerre) est aussi un ressort essentiel de leur engagement. Pour beaucoup, il existe un second danger : l’influence de l’Amérique qui développe une civilisation matérialiste et machiniste. Chez les intellectuels, c’est bien leur crise d’identité culturelle qui est la source de leur prise de conscience européenne.
Paul VALERY joue un rôle important à l’IICI (Institut international de coopération intellectuelle, ancêtre de l’UNESCO, créé en 1922 par la SDN, dont l’une des missions et des développer la collaboration intellectuelle en Europe). Jules ROMAINS est l’un des plus actifs dès 1915. En 1930 il prend son bâton de pèlerin pour chanter le pacifisme et l’esprit européen dans une série de conférences à travers le continent. Pour Julien BENDA (Discours à la nation européenne), l’Europe est moins une affaire de transformation économique ou politique qu’une question d’éducation morale : « L’Europe se fera, ici, comme s’est faite la nation. Elle n’a vraiment existé que le jour où elle a possédé un système de valeurs approprié à sa nature, le jour où, au 19ème siècle, s’est constituée une morale nationaliste. ». BENDA en appelle à tous ceux qui en ont la capacité et la volonté, pour qu’ils deviennent les « éducateurs » de la cause européenne.
Mais la grande crise économique, les réflexes de repli national, l’échec, dans ce contexte du Mémorandum BRIAND changent le décor. C’est une certaine « mystique européenne » qui se brise à la vue de la montée des nationalismes et de la victoire du nazisme en Allemagne. En 1935 Henri HAUSER procède à un véritable enterrement : « Avec quelle mélancolie nous contemplons les débris d’un concept qui eut, à son heure, il y a 4 ou 5 ans, toutes les faveurs de l’opinion, à savoir l’Union européenne. »
La Seconde Guerre mondiale remet l’Europe à l’ordre du jour. Les nazis se sont appropriés la cause européenne, après l’invasion de l’URSS en lançant le slogan de l’ « Europe nouvelle », antibolchévique, « purifiée » ses juifs et de ses communistes. Emile BOREL entre en résistance. COUDENHOVE-KALERGI se réfugie en 1940 aux Etats-Unis où il fonde 2 ans + tard un « Institut de recherches pour une fédération européenne d’après guerre » auprès de l’Université de NY. Dans les mouvements de Résistance – ou chez les antifascistes comme Altiero SPINELLI – l’Europe est aussi à l’ordre du jour. La tâche est d’autant + difficile que la défaite des différents pays du continent suscite avant tout chez les 1ers résistants un sursaut patriotique, néanmoins antinationaliste, comme le montre ces mots d’Henri FRENAY : « Tous ces peuples ont fait leur examen de conscience. Ils ont compris que seule leur division a causé leurs malheurs ; ils ont compris que seule leur union assurera leur sécurité et leur joie ».
Pour l’historien Pieter LAGROU il ne faudrait pas surestimer ni le nombre de résistants adhérant à l’idée européenne, ni leur poids dans la construction de l’Europe de l’après-guerre. Il est vrai que tous les européistes ne furent pas résistants, et à l’inverse tous les résistants ne se reconnurent pas dans l’idée européenne. Mais « l’esprit de la résistance » a été la référence essentielle dans l’effervescence des mouvements européens des années 1945-49 en particulier chez les socialistes et les démocrates-chrétiens. Désormais on ressent la nécessité de construire l’Europe non seulement pour la paix et contre le déclin, mais aussi pour la liberté ou la démocratie. Dès le mois de juillet 1944, à l’initiative d’Altiero SPINELLI et d’Henri FRENAY est publié à Genêve la « Déclaration des Résistances européennes » qui propose à la fois une « union fédérale européenne » et la « participation pacifique du peuple allemand à la vie européenne ». Parmi les anciennes générations d’européistes, certains persévèrent tels Konrad ADENAUER, Léon BLUM, CHURCHILL, COUDENHOVE qui crée l’Union parlementaire européenne en novembre 1946 en Suisse, ou Jacques LACOUR-GAYET et Daniel SERRUYS, animateurs de la Ligue européenne de coopération économique, issue en grande partie du Comité d’action économique et douanière.
Beaucoup de ces anciens se rangent plutôt parmi ceux qui prônent la prudence en matière de réduction des souveraineté nationale : ce sont les unionistes. Au sein de la nouvelle génération (SPINELLI, FRENAY, André PHILIP, Denis DE ROUGEMONT), où les sensibilités socialiste et démocrate-chrétienne sont bien représentées, beaucoup ont une vision « fédéraliste ». Ils luttent pour la constitution d’un gouvernement fédéral.
Ce 2ème bouillonnement pour l’unité européenne a lieu au moment où l’Europe se coupe en 2. Avec la guerre froide, toute tentative d’union ne peut donc s’appliquer qu’à une Europe tronquée, celle de l’Ouest. Là réside certainement une des grandes différences entre les 2 âges d’or de l’européisme.
Dans ce contexte, CHURCHILL propose un grand rassemblement de tous les mouvements et partisans de l’idée européenne. Sous sa présidence, le Congrès de l’Europe à La Haye entre le 7 et le 1à mai 1948 rassemble + de 800 personnes. Toutes les associations sont représentées auxquelles s’ajoutent des personnalités dont Paul RAMADIER qui préside la commission politique, Paul VAN ZEELAND à la tête de la commission économique, ainsi que des intellectuels comme Salavador DE MADARIGA, chargé de la commission culturelle, Denis DE ROUGEMONT, Jules ROMAINS. Ce congrès constitue l’apogée absolue de l’effervescence européenne. Mais les déceptions sont grandes dès les mois qui suivent le Congrès. La division de l’Europe suit son cours avec la crise de Berlin (1948-49) et les résolutions rédigées à La Haye ne sont que partiellement appliquées. Si le Centre européen de la culture est créé et confié à Denis DE ROUGEMONT, la création du Conseil de l’Europe en mai 1949 provoque la désillusion chez les européistes, désormais réunis, au lendemain du Congrès, dans le Mouvement européen. Car ni l’OECE ni le Conseil de l’Europe, malgré les nombreux caractères positifs de leur oeuvre, ne réussissent la construction européenne : la France et la Grande-Bretagne, qui dominent ces organisations, ont des conceptions trop divergentes pour construire ensemble l’Europe. Dès lors, une autre voie paraît nécessaire.
Le 9 mai 1950 (présentation du plan SCHUMAN – MONET) est une révolution : les Français négocient non plus avec leurs anciens alliés, mais avec l’ancienne ennemie, l’Allemagne.
Une méthode est adoptée avec la supranationalité, appliquée à un domaine précis et bien limité : le charbon et l’acier. La démarche prévoir que cette organisation devrait constituer « la première étape de la fédération européenne ». « L’Europe se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait », prévient SCHUMAN. L’histoire de la construction effective de l’Europe commence donc à Six, puis il s’agit de celle d’une Communauté sans cesse élargie, fait de sigles et économique (CECA, CEE, Euratom, PAC, SME, Marché unique, Euro…). L’échec de la CED a confirmé depuis longtemps la nécessité de s’en tenir à la voie économique.
Mais les hommes qui ont « fait » l’Europe depuis 1950 peuvent-ils être considérés comme « engagés » ? L’exemple de MONNET est le + caractéristique : toute sa méthode consiste à utiliser l’intérêt national comme levier de la construction européenne. Cet engagement européen d’un nouveau type est d’abord celui de l’acteur ou du décideur, non celui du militant, et tous ceux qui ont joué un rôle dans la construction européenne se retrouvent dans ce cas. L’engagement de l’acteur peut se transformer en engagement de militant, lorsqu’il quitte ses fonctions officielles. Le militantisme de MONNET se développe surtout après l’échec de la CED lorsqu’il démissionne de la Haute Autorité et fonde le Comité d’action pour les EU d’Europe en 1955. Cet échec du projet de la CED et son rejet par l’Assemblée nationale française le 30 août 1952 traumatise tous les Européens convaincus et marque le mouvement à jamais, qui connaît dès lors un déclin. Il y a de +/+ divorce entre les deux types d’engagement, le militantisme européiste et la construction européenne. Le mouvement européen, découragé, se dévitalise et ne peut plus jouer le rôle de médiateur entre les décideurs européens et les opinions publiques.
L’engagement européen après la seconde guerre mondiale semble être un engagement sans intellectuels. Ainsi Jean-Paul SARTRE, modèle de l’écrivain engagé, est-il d’abord concerné par la cause européenne, avant de se consacrer à d’autres combats (guerre froide et décolonisation). Edgar MORIN explique très bien, à travers son exemple personnel, cette évolution des intellectuels de gauche. Converti à l’Europe à partir des années 1960-70, il décrit dans Penser l’Europe (1987) comment il y fut d’abord hostile : « Longtemps, je fus anti-européen », tels sont les premiers mots de son livre, dans un prologue intitulé « Souvenirs d’un anti-européen ». MORIN a préféré embrasser de grandes causes de l’humanité, qui ont trouvé « l’Europe » comme obstacle ou comme repoussoir. Résistant et antinazi pendant la guerre, communiste jusqu’en 1951, puis tiers-mondiste dans les premiers articles qu’il écrit, il a le souci de garder une vision planétaire. Quant à l’ « Europe » qui se construit, c’est pour lui une Europe des marchands, inféodée à l’impérialisme américain.
Là est la clé qui explique la différence d’attitudes des intellectuels face à l’Europe. Dans les années 1920, l’idée d’Europe renvoie à l’universel, puisqu’elle préfigure la construction de la Paix pour le monde ; après 1945, elle incarne aux yeux de beaucoup une cause particulière, celle de l’Ouest contre l’Est, celle du Nord contre le Sud. Ainsi la revue Esprit de Jean-Marie DOMENACH est un bon exemple. Très « européenne » de 1945 à 1948, lorsqu’il s’agit de prôner la paix, la réconciliation franco-allemande et l’Europe fédérale, la revue se « déseuropéanise » avec les combats de la guerre froide et de la décolonisation : elle prend parti contre la “fausse Europe” qui se fait seulement par l’économie, contre la CED, trop atlantiste.
L’adhésion à l’idée européenne de Raymond ARON est ancienne. Dès 1945, il prône à nouveau la réconciliation franco-allemande et en 1947 il développe l’unité européenne comme une nécessité. Il approuve la CECA, puis le projet CED. Mais, comme la plupart des intellectuels, il trouve la méthode de Jean Monnet trop technocratique pour toucher les peuples. ARON milite au contraire en faveur d’une Europe + politique à laquelle il est primordial d’associer les opinions publiques.
A partir des années 1970 et 80, les rangs des intellectuels « européens » s’épaississent. Edgar MORIN explique bien son évolution : s’opère en lui « un lent et inconscient éveil de l’Europe » à partir de 1970. Puis, un véritable « sursaut européen » lui vient lors du choc pétrolier de 1973, lui faisant découvrir la faiblesse de la vieille Europe. Dans ce contexte, il se met à « penser l’Europe » dans son unité-diversité. Il veille – par ses interventions à la radio et à la télévision, son implication dans les associations dont Europe 99 qu’il préside et l’Agence européenne pour la culture à l’Unesco – à promouvoir un « projet de civilisation » : une Europe humaniste, différente de l’Europe technocratique, fondé sur la liberté (par opposition aux événements de l’Est). On découvre les résistances de l’opinion publique française lors des débats de ratification du traité de Maastricht. Puis, en 1992-95, après 50 ans d’absence, la guerre revient au coeur de l’Europe, en Bosnie. L’impuissance relative de l’Union européenne face au conflit suscite une distance critique à son égard. « l’Europe a-t-elle encore un sens ? » se demandent Alain FINKIELKRAUT, Pierre HASNER et Véronique NAHOUM-GRAPPE le 14 mai 1994 dans Le Monde, pendant la campagne des élections européennes, au spectacle de ce qu’ils appellent la « démission » européenne.
Les partisans de Maastricht expliquent ou excusent l’inaction européenne face aux atrocités de Bosnie. Mais ils tirent en même temps les leçons du drame en exigeant l’achèvement au + vite de la construction politique de l’Europe. Pierre BOURDIEU, par exemple, transforme sa critique radicale de la politique monétaire européenne en un engagement européen en faveur d’un « Etat social supranational capable d’obtenir la confiance du peuple, seul fondement possible d’une démocratie, inséparablement politique et économiques. » Pur Alain TOURAINE, le propre de l’Europe est précisément de refuser « la séparation de l’économique et du social ». La foi de Jacques LE GOFF dans l’unité européenne est animée par sa connaissance savante de l’épaisseur du long terme, qui lui rend évident la dynamique historique de l’identité européenne : « l’Europe est ancienne et future à la fois » (La vieille Europe et la nôtre, 1994). Jean-Baptiste DUROSELLE écrit dans L’idée d’Europe dans l’Histoire (1965) : « Que nous le voulions ou non, notre avenir dépend de la façon dont se développera l’idée féconde de l’Europe ». Cet engagement européen n’en fait pas un militant de Bruxelles, bien au contraire. A la fin de sa vie, il est à la fois partisan de la construction européenne et très critique à l’égard du traité de Maastricht, dont l’esprit est à ses yeux trop bureaucratique pour lequel il vote « non ». Ainsi, il peut y avoir contradiction entre construction européenne et engagement européen.
Daniel COHN-BENDIT, ancien héros de la contestation en 1968, parlementaire européen, s’est transformé en champion de l’engagement pour l’Europe ; il a choisi l’espace européen comme espace politique d’opposition et de critique pour l’Europe telle qu’il voudrait qu’elle soit. L’histoire de « l’engagement européen » ne se confond donc pas avec l’histoire de la construction européenne. Elle permet à l’historien de dépasser l’étude froide, des institutions. Sa chronologie n’est pas identique. Il existe même un paradoxe : l’engagement européen est d’autant plus fervent au cours de notre siècle que la construction européenne n’est pas commencée, et au contraire il est en déclin ou en crise, depuis que le processus d’unité européenne est en marche. Peut-être est-ce du au déficit d’image de l’Union européenne, qui manque de vecteurs sociaux de communication, qui a du mal à donner du rêve aux opinions publiques et à susciter de la ferveur.
Assurément, l’âge d’or de l’engagement européen appartient au passé. Néanmoins, dans la crise actuelle des valeurs que vivent nos sociétés, à l’heure du déclin des grandes idéologies, l’engagement européen est en position de mieux de conformer que les autres engagements à ce qui devrait être leur essence : la pensée et la passion du futur. Voilà pourquoi il a sans doute de l’avenir.