Cette page vous donne les différences entre la révision choisie et la version actuelle de la page.
| la-condition-feminine-en-grece | la-condition-feminine-en-grece 09/04/2008 12:34 version actuelle | ||
|---|---|---|---|
| Ligne 1: | Ligne 1: | ||
| + | ====== La condition féminine en Grèce ====== | ||
| + | |||
| + | __Source__: Claude Mossé, //La femme dans la Grèce antique//, 1991 | ||
| + | |||
| + | |||
| + | ===== La femme dans la cité ===== | ||
| + | |||
| + | |||
| + | ==== Le modèle athénien: la condition de la femme à Athènes à l'époque classique ==== | ||
| + | |||
| + | Il importe également de ne pas oublier que de même que les citoyens ne constituaient qu'une partie de la population de l'Attique, de même aussi les femmes « citoyennes » ne représentaient pas toute la population féminine. Il y avait des étrangères, il y avait aussi des esclaves, et si pour les femmes étrangères leur nombre devait être sensiblement inférieur à celui des hommes, il en allait certainement différemment pour les esclaves. La place réelle des esclaves hommes dans la production équivalait sans doute à la place non moins réelle des femmes dans la domesticité. | ||
| + | Il importe donc de bien distinguer entre ces catégories, si l'on veut essayer de situer la place de la femme dans la société athénienne de l'époque classique. | ||
| + | |||
| + | === La femme athénienne === | ||
| + | |||
| + | |||
| + | Il faut préciser tout de suite ce que l'on entend par femme athénienne : celle qui est fille et femme de citoyen athénien. | ||
| + | Si l'on cherche à définir juridiquement le statut de la femme athénienne, le premier mot qui vient à l'esprit est celui de « mineure ». La femme athénienne en effet est une éternelle mineure, et cette minorité s'affirme dans la nécessité pour elle d'avoir toute sa vie un tuteur, un kurios, son père d'abord, puis son époux, et si celui-ci meurt avant elle, son fils ou, en l'absence de son fils, son plus proche parent. L'idée d'une femme célibataire, indépendante et gérant ses propres biens est inconcevable. | ||
| + | |||
| + | Le mariage constitue donc le fondement même du statut de la femme. | ||
| + | L'acte par lequel un homme et une femme s'unissent légitimement s'appelle l'engué. C'est en quelque sorte un contrat passé entre deux « maisons », un engagement oral pris devant témoins, par lequel le père ou le tuteur de la jeune fille la remet au futur époux. Cet engagement est un engagement privé, dans lequel la cité n'intervient pas, qui n'est pas enregistré par un quelconque état civil. Toutefois, pour que le mariage soit considéré comme réel, l'engué ne suffit pas. La cohabitation est nécessaire pour faire de la jeune fille une gamétè gunè, une épouse légitime. Le plus souvent cela va de soi, la cérémonie d'introduction de la jeune fille dans la maison de son époux suivait immédiatement l'engagement réciproque. Il est cependant des cas où la cohabitation n'était pas immédiate : si la future épouse était encore une enfant, comme ce fut le cas pour la soeur de l'orateur Démosthène, engagée par son père à la veille de sa mort, alors qu'elle n'avait que cinq ans ou si quelque contestation s'opposait au mariage, en particulier lorsqu'il s'agissait d'une fille épiclère, c'est-à-dire héritière unique du domaine paternel, ou encore d'une femme dont le statut d'Athénienne pouvait être contesté, une étrangère par exemple. | ||
| + | Le mariage n'est jamais un libre choix de la part de la jeune femme. C'est son père ou son tuteur légitime qui choisit la maison dans laquelle il la fait entrer, et c'est entre deux hommes que se décide son sort. Cette liberté est encore plus restreinte dans le cas de la fille épiclère, puisque celle-ci est tenue d'épouser son plus proche parent dans la lignée paternelle. Ce qui ne va pas sans poser parfois de délicats problèmes, si elle est déjà mariée, ou si son plus proche parent l'est aussi. | ||
| + | |||
| + | Toute une législation extrêmement complexe réglementait ces différentes situations. On devine aisément pourquoi. Le but du mariage était la procréation de fils légitimes destinés à hériter des biens paternels. Il était donc étroitement lié au régime de la propriété et de la succession des biens patrimoniaux. Mais l'échange de biens qui présidait au mariage des temps héroïques avait fait place à la pratique de la dot, l'apport de la jeune femme à la constitution du patrimoine familial. | ||
| + | Nous n'avons aucune preuve que la dot ait été obligatoire, encore qu'elle constituât la preuve du caractère légitime du mariage; elle fournissait par ailleurs un thème de choix à qui se trouvait engagé dans une affaire judiciaire : doter largement sa fille était une preuve d'honorabilité. | ||
| + | La dot était généralement constituée par des objets précieux, du numéraire, mais aussi parfois par un bien-fonds que le père de la jeune fille confiait à son futur gendre, mais sur lequel il conservait un droit de regard par le biais d'une forme particulière d'hypothèque appelée apotimema. | ||
| + | |||
| + | Il fallait prévoir, en effet, une possible rupture du mariage. Si le divorce était acquis par consentement mutuel, la dot retournait naturellement au père ou au tuteur de la femme, et pouvait servir à la doter pour un second mariage Il en allait de même si le mari mourait avant sa femme, et si celle-ci était encore assez jeune pour procréer, donc remariable. Si elle avait des enfants et demeurait dans la maison de son mari, la dot demeurait acquise aux enfants. Mais il pouvait aussi y avoir rupture unilatérale, ce qui pouvait être source de conflits. La plupart du temps, la décision de rompre une union venait du mari. Dans ce cas, il renvoyait la femme et la dot à son beau-père, à charge pour celui-ci de remarier sa fille. | ||
| + | Bien entendu, cela ne se faisait pas sans difficultés, et il fallait parfois, lorsque la dot avait été dilapidée ou mal gérée, recourir à un procès. | ||
| + | |||
| + | Mais qu'en était-il si la décision de rompre le mariage venait de la femme ? A priori, et compte tenu de ce qui a été dit précédemment, la chose paraît impossible, la rupture ne pouvant en principe, dans ce cas, être décidée que par son tuteur, son kurios, c'est-à-dire... le mari. | ||
| + | La loi athénienne permettait donc à la femme d'agir comme un être majeur lorsqu'elle voulait divorcer, et c'est devant l'archonte qu'il lui fallait présenter en personne sa requête. | ||
| + | Il y avait la possibilité pour la femme de présenter devant l'archonte une demande de divorce. On peut supposer cependant que le plus souvent elle ne la présentait pas en personne, même si la loi l'y autorisait. Et que c'était son tuteur, père, frère ou parent le plus proche qui intervenait en son nom, afin en particulier de récupérer la dot qui devait normalement revenir à la famille de la femme. Ce qui impliquait une conséquence juridique importante : en cédant leur fille ou leur soeur à un homme, le père ou le frère ne cédaient pas la totalité de leur kyria au mari et pouvaient donc si la femme le souhaitait retrouver leur fonction primitive. L'annulation du mariage de par la volonté de la femme était donc possible. | ||
| + | |||
| + | La femme légitime, gunè, devait donc admettre que son rôle était de faire des enfants et de prendre soin de la maison, laissant à d'autres les plaisirs de l'esprit (les courtisanes) et du corps (les concubines). Nous reviendrons sur les hétaïres qui tiennent dans la cité une place un peu particulière. Les concubines (pallakai) au contraire sont en quelque sorte un doublet de la femme légitime. Mais à la différence de l'épouse, introduite dans la maison à la suite d'un accord entre deux familles, la pallakè, elle, est introduite, sinon clandestinement, du moins sans qu'aucun acte juridique ne la lie à son compagnon. Il s'agit donc d'une union toujours révocable, et l'on ne s'étonnera pas si lorsqu'il est question dans les textes d'une pallakè, il s'agit presque toujours d'une jeune fille pauvre ou d'une esclave. | ||
| + | Pour comprendre les lois qui punissaient l'adultère, il faut en effet ne pas perdre de vue ce qu'était la finalité du mariage: assurer la descendance, et par conséquent la continuité de la famille au sein de la cité. De ce fait, du côté du mari, le seul adultère répréhensible était celui qu'il commettait avec l'épouse légitime d'un autre Athénien, et parce que, ce faisant, il lésait un autre citoyen. En revanche, la loi garantissait ses enfants légitimes contre ceux qu'il pouvait avoir avec sa ou ses concubines. Dès lors, la présence de celles-ci ne représentait en rien un danger. | ||
| + | Le mari qui surprenait sa femme en flagrant délit d'adultère en compagnie de son amant, avait le droit de mettre à mort ce dernier sans autre forme de procès. Le plus souvent cependant, les choses n'allaient pas aussi loin, et un arrangement était conclu devant témoins. | ||
| + | |||
| + | La femme adultère, quant à elle, était sévèrement punie. Son mari pouvait la renvoyer, et certains auteurs soutiennent même qu'il en avait l'obligation sous peine d'être privé de ses droits civiques. En outre, elle était désormais exclue de toute participation aux cultes de la cité. | ||
| + | Or, c'était là la seule activité civique de la femme, et cette disposition est bien la preuve que le mariage tenait une place essentielle dans la vie de la cité et dans son organisation, dans la mesure où par son intermédiaire se transmettaient à la fois le statut de citoyen et la propriété des biens qui formaient l'oikos. C'est la transmission de ces biens que la fidélité conjugale était chargée d'assurer, et c'est par la différence de statut de leurs enfants que la femme légitime et la pallakè se distinguaient d'abord. | ||
| + | |||
| + | L'Athénienne de bonne famille demeurait à la maison, entourée de ses servantes, et ne sortait que pour accomplir ses devoirs religieux. Mais la femme du peuple, elle, était contrainte par la nécessité de sortir de sa maison, pour se rendre au marché, voire, comme l'attestent des plaidoyers du IVe siècle, pour compléter par un maigre salaire de nourrice les ressources du ménage. | ||
| + | Les femmes athéniennes, en droit, ne pouvaient posséder. | ||
| + | |||
| + | === La courtisane === | ||
| + | |||
| + | On peut penser que nombre d'entre elles étaient les épouses d'hommes venus s'installer à Athènes pour y commercer, y suivre les leçons d'un maître éminent, ou pour échapper à leurs adversaires lorsque ceux-ci s'étaient rendus maîtres du pouvoir dans leur cité d'origine. Ces femmes de métèques devaient avoir une vie assez proche de celle des femmes de citoyens, tenant leur maison, filant et tissant, dirigeant le travail des servantes. | ||
| + | |||
| + | Si elles étaient grecques d'origine, elles avaient probablement été unies légalement à leurs époux. Il est vraisemblable cependant que le concubinage devait être plus fréquent entre hommes et femmes d'origine étrangère qu'entre citoyens. | ||
| + | Mais à côté de ces femmes de métèques, il y avait les femmes métèques, venues de leur propre chef s'établir à Athènes. | ||
| + | Or, compte tenu de ce qu'était la situation de la femme dans le monde grec, de telles femmes, contraintes, d'assurer elles-mêmes leur subsistance, ne pouvaient le faire qu'en faisant commerce de la seule chose qui leur appartînt, leur corps. Les plus pauvres ou les plus misérables devenaient des pornai, des prostituées qui travaillaient dans les auberges d'Athènes ou du Pirée. Certaines avaient été achetées, et entraient dans la catégorie des esclaves. D'autres étaient « libres», juridiquement. Quant aux « maisons », elles appartenaient soit à des citoyens, soit à des étrangers. | ||
| + | Mais à côté de ces prostituées, il y avait celles que les Grecs appelaient des hétaïres, des compagnes, et qu'ils se réservaient, pour reprendre l'expression du plaideur déjà cité « pour le plaisir ». Ces hétaïres étaient en fait les seules femmes vraiment libres de l'Athènes classique. Elles sortaient librement, participaient aux banquets aux côtés des hommes, voire « tenaient salon », si elles avaient la chance d'être entretenues par un homme puissant. | ||
| + | |||
| + | La courtisane devient ainsi le symbole même des transformations de la cité. Femme du dehors, qui participe aux banquets, manie l'argent, parle aux hommes d'égale à égal, elle n'est pas seulement un personnage en marge de la société civique. | ||
| + | Dans ce club d'hommes qu'est la cité, où la femme est une mineure éternelle, elle incarne l'inversion des valeurs civiques, la femme libre et indépendante dans ses paroles et son comportement, cette liberté et cette indépendance étant acquises par la mise à l'encan de son corps, mais une mise à l'encan dont elle demeure jusqu'à un certain point la maîtresse, et ce d'autant plus qu'elle dispose de la richesse, fondement en dernier ressort de sa liberté. | ||
| + | |||
| + | === La femme esclave === | ||
| + | |||
| + | Alors qu'un esclave homme pouvait être paysan, ouvrier, agent commercial, greffier, policier, marin, etc., les femmes esclaves avaient des fonctions domestiques, même si accessoirement le produit de leur travail pouvait être vendu à l'extérieur. La majorité des femmes esclaves en effet étaient des servantes, attachées à la maîtresse de maison. | ||
| + | L'une des activités essentielles des femmes esclaves consiste à s'occuper des jeunes enfants, et la nourrice est, au théâtre comme dans la réalité, un personnage familier. | ||
| + | En dehors des activités domestiques, il est possible que des femmes esclaves aient pu être utilisées uniquement comme ouvrières, produisant pour le marché. | ||
| + | Domestiques ou ouvrières, les femmes esclaves étaient essentiellement affectées à la préparation des aliments et à la fabrication des étoffes. | ||
| + | |||
| + | Ces femmes n'avaient évidemment aucune vie de famille. | ||
| + | Pourtant les femmes esclaves avaient des enfants, mais le plus souvent ces enfants « nés dans l'oikos » étaient le fruit de relations avec le maître. La femme esclave, la jeune servante en particulier, était à la disposition de celui qui l'avait achetée et qui pouvait impunément l'introduire dans son lit... ou la livrer à ses amis un soir de beuverie. Mais ce qui pour certains n'était que circonstanciel était pour d'autres sources de revenus. Les prostituées en effet étaient le plus souvent des esclaves, comme étaient aussi des esclaves les joueuses de flûte, les danseuses, compagnes obligées des banquets Acheter des esclaves femmes pour les livrer à la prostitution et en tirer ses moyens d'existence était tout à fait licite. | ||
| + | |||
| + | La situation de la femme à Athènes était fonction d'abord de son insertion dans les cadres civiques ou de son exclusion par rapport à eux. Il n'y avait pas des femmes athéniennes, mais des Athéniennes, femmes ou filles de citoyens, des étrangères, des esclaves. Ces différences de statut étaient aussi fondamentales pour les femmes que pour les hommes, ce qui bien entendu n'interdisait pas que dans la réalité quotidienne clivages et rapprochements n'interfèrent. La maîtresse de maison de bonne famille vivait plus près de ses servantes que de ses semblables. La femme du riche métèque ne se distinguait guère de la « citoyenne » de condition aisée. La courtisane était plus libre de ses mouvements que la femme d'Ischomaque. Et surtout, parce que la cité était un club d'hommes, parce que aussi et surtout elle était d'abord une communauté politique, ces différences de statut pour essentielles qu'elles fussent se diluaient dans une commune exclusion. Seul demeurait en faveur de la « citoyenne » le fait qu'en assurant la reproduction de la communauté civique, elle lui était indispensable. | ||
| + | |||
| + | ==== La femme spartiate ==== | ||
| + | |||
| + | A la différence de toutes les autres femmes grecques, elles vivaient à l'extérieur, s'entraînaient à la course et à la lutte, rivalisaient sur ce point avec les hommes, et présentaient de ce fait les mêmes caractéristiques qu'eux : la vigueur physique, le teint hâlé des sportives qu'elles étaient. | ||
| + | Plutarque apporte des renseignements précis et détaillés. Après avoir rappelé que le célibat était interdit, il révèle les curieuses conditions du mariage spartiate : On se mariait à Sparte en enlevant sa femme, qui ne devait être ni trop petite, ni trop jeune, mais dans la force de l'âge et de la maturité. La jeune fille enlevée était remise aux mains d'une femme appelée nympheutria, qui lui coupait les cheveux ras, l'affublait d'un habit et de chaussures d'homme et la couchait sur une paillasse, seule et sans lumière. Le jeune marié, qui n'était pas ivre, ni amolli par les plaisirs de la table, mais qui, avec sa sobriété coutumière, avait dîné aux phidities (repas publics où l'on servait le fameux brouet noir), entrait, lui déliait la ceinture, et, la prenant dans ses bras, la portait sur le lit. Après avoir passé avec elle un temps assez court, il se retirait décemment et allait, suivant son habitude, dormir en compagnie des autres jeunes gens » (République des Lacédémoniens xv, 4-7). | ||
| + | Il est vraisemblable que les jeunes filles spartiates, parce que les exercices physiques tenaient une grande place dans leur éducation, étaient vigoureuses et énergiques. | ||
| + | |||
| + | |||
| + | |||
| + | == Pour conclure == | ||
| + | La femme libre se situait par rapport à l'homme sur un double plan. Au sein de l'oikos de l'unité familiale, sa fonction consistait à assurer la transmission du patrimoine par la procréation d'enfants légitimes, et sa conservation par une bonne gestion des affaires domestiques: filer la laine, préparer les repas, accueillir les hôtes, donner du travail aux servantes. | ||
| + | Mais d'un bout à l'autre de l'échelle sociale, d'une extrémité du monde grec à l'autre, et pendant cinq siècles, c'est aux mêmes tâches que la femme est vouée, aux tâches domestiques de l'intérieur, de l'oikos. En revanche, dans la cité qui achève de se structurer dans le courant du VIe siècle, elle n'a qu'un rôle passif. Ou plutôt, elle n'a pour fonction que d'assurer, si elle est fille de citoyen et par le biais du mariage, la transmission à ses enfants de la qualité civique. Mais, de ce mariage, elle n'est pas responsable, puisque c'est son kurios, son tuteur, père ou frère, qui conclut l'arrangement par lequel elle entre dans l'oikos de son époux. Et, à la vie de la cité, elle ne prend aucune part, sauf si quelque bouleversement opère un renversement des valeurs civiques : ainsi, on l'a vu, de certaines expériences tyranniques où femmes et esclaves se trouvèrent associés. Seule parmi les cités fait peut-être exception Sparte, où, déchargée du soin de l'oikos comme de l'éducation des enfants, la femme reçoit un entraînement physique comparable à celui des hommes, et où, mais on a vu avec quelles précautions il faut retenir le témoignage des sources, l'attirance physique, favorisée par la nudité athlétique, aurait sa place dans la conclusion des mariages. | ||
| + | Mineures donc, marginales, exclues de ce « club d'hommes » qu'est la cité, à laquelle elles ne participent à la vie que par le biais des manifestations religieuses. | ||
| + | |||
| + | |||
| + | ===== Les représentations de la femme chez les Grecs ===== | ||
| + | |||
| + | A travers la littérature grecque que dire quant à la condition de la femme grecque et à la manière dont cette condition était perçue par les Grecs eux-mêmes ? Une première évidence. S'impose aussitôt : le monde grec antique est d'abord un monde d'hommes, et la vie publique du Grec s'ordonne entre deux pôles, la guerre et la politique. De l'époque des héros jusqu'à celle d'Alexandre ce sont les hommes qui font la guerre, et c'est la guerre qui détermine le sort des cités, l'évolution des sociétés, les hégémonies et les déclins. Raconter l'histoire du monde grec, c'est raconter une histoire dont les hommes sont les seuls acteurs, une histoire racontée par des hommes pour des hommes. | ||
| + | La femme dans ce monde d'hommes n'est certes pas inutile. Sans elle, l'homme ne peut se reproduire et assurer la transmission de son bien et la pérennité de la cité. Et s'il est possible de concevoir dans le mythe ou la légende une reproduction asexuée, dans la réalité il faut s'accommoder de ce qui est : c'est dans le ventre de la femme que se développe la semence de l'homme. Mais ce « mal nécessaire » reste à jamais marqué d'un signe négatif. Dans la cité des hommes, la femme est du côté de tout ce qui menace l'ordre : le sauvage, le cru, l'humide, le barbare, l'esclave, le tyran. | ||
| + | Mais si l'on passe du monde des représentations au monde réel, on est bien forcé de constater que les femmes sont « la moitié de la cité ». Dès lors, il est nécessaire de les situer dans les cadres de la société, et le mariage devient de ce fait un des fondements de la légitimité civique. On a vu pourtant que jamais l'institution matrimoniale n'a reçu cette sanction juridique que lui ont donnée d'autres sociétés. Le mariage, même s'il fonde la légitimité, demeure un acte privé unissant deux « maisons ». | ||
| + | |||
| + | Dans le monde des cités grecques, la femme, dépourvue de statut politique personnel, est une mineure. Et mineure elle restera jusqu'à la fin de l'époque classique. Mais parce qu'elle assure la reproduction de la cité en donnant à son époux des enfants légitimes, la femme « citoyenne » occupe dans la société civique une place particulière qui paradoxalement s'affirmera lorsque les valeurs politiques dans la cité iront déclinant. Quant aux autres femmes, à celles que leur naissance ou le hasard avait placées en marge de la cité, elles n'existaient ni plus ni moins que les autres catégories d'exclus. Il n'est pas indifférent en fin de compte de retrouver, au terme d'une étude sur la femme grecque, ce qui demeure l'essentiel de la civilisation grecque : la Cité. | ||
| + | |||
| + | |||
| + | ===== Le problème de la dot dans la Grèce classique ===== | ||
| + | |||
| + | |||
| + | A l'époque classique, la dot apparaît comme un des éléments constitutifs du mariage grec : c'est la proix que le père de la jeune fille remet à son futur gendre, Mais celui-ci n'en a que l'usufruit. Si, pour une raison quelconque, il est amené à répudier sa femme, celle-ci normalement doit récupérer sa dot. Pour ce faire, le kurios de la femme prend généralement une hypothèque sur les biens du mari. Si la femme meurt avant son époux, et si elle a des enfants mâles, la dot passe dans le patrimoine familial et revient aux enfants. Si en revanche elle meurt sans enfant, sa dot revient normalement à son oikos d'origine. On imagine aisément les nombreuses contestations que ces pratiques ont pu provoquer. C'est à elles et aux procès auxquels elles ont donné lieu que nous devons notre connaissance du système dotal athénien. Mais un fait demeure évident : la femme n'était pas propriétaire de sa dot et ne pouvait en disposer librement, ce qui, si l'on en croit le témoignage d'Aristote, n'était pas le cas à Sparte. A Gortyne, la dot représentait la part de l'héritage qui revenait à la fille, elle en avait donc la pleine propriété. Sur les autres cités, nous ne savons pas grand chose, mais on peut supposer que généralement le système fonctionnait comme à Athènes. | ||
| + | |||
| + | Au IVe siècle, période pour laquelle nous possédons des indications chiffrées, il apparaît que la dot pouvait comporter aussi bien des biens-fonds que du numéraire, des objets précieux, des bijoux, des vêtements. Certains auteurs ont supposé que le « trousseau » avec lequel la jeune fille entrait dans la maison de son époux n'était pas compté dans l'évaluation de la dot. | ||
| + | |||
| + | |||
| + | ===== Les femmes et la religion ===== | ||
| + | La religion tenait une place importante dans la vie des femmes grecques. Non pas, comme on pourrait le penser, parce qu'elles y trouvaient une consolation dans leur vie de recluses et de mineures, même s'il est vrai que la participation aux fêtes était souvent pour elles un moyen de sortir du gynécée. Mais parce que la religion, qui par ailleurs pénétrait tous les actes de la cité, était aussi un facteur essentiel de leur insertion dans la société. Au sein de l'oikos, la femme, gardienne du foyer domestique, était par là même un acteur important de la religion privée. Ainsi, c'est la maîtresse de maison qui répandait sur l'esclave nouvellement introduit dans la famille les figues sèches, les noix et les graines qui symbolisaient son intégration à l'oikos. C'est elle qui rendait quotidiennement un culte à Hestia, la déesse protectrice du foyer domestique. Enfin, les femmes de la maison avaient un rôle primordial dans les pratiques funéraires, en particulier lors des lamentations qui accompagnaient l'exposition du mort. Mais c'est plus encore au sein de la cité que la religion fonctionnait comme facteur d'intégration à la communauté pour les femmes. Si les femmes en effet étaient écartées de toute activité politique, elles n'en exerçaient pas moins dans le cadre de la cité des fonctions religieuses. Un décret du Ve siècle, relatif à la désignation de la prêtresse d'Athéna Nikè, est à cet égard révélateur. La prêtresse, à l'instar d'autres magistrats, est choisie parmi toutes les Athéniennes et pendant l'année que durera sa fonction, elle recevra un misthos, un salaire de 50 drachmes. | ||
| + | La religion était donc le seul domaine où la femme de naissance légitime se trouvait réellement intégrée à la vie de la cité. | ||
| + | Les jeunes filles, avant leur mariage, les femmes mariées ensuite, participaient étroitement à la vie religieuse officielle. | ||
| + | Certains cultes, comme celui d'Artémis à Brauron, celui de Déméter à Eleusis, leur étaient particulièrement ouverts. Mais les jeunes filles participaient aussi à la procession des Panathénées, et les femmes étaient présentes aux fêtes en l'honneur de Dionysos, sans que leur pudeur eût à souffrir des propos obscènes qui étaient échangés à cette occasion et auxquels elles prenaient part allégrement. | ||
| + | Ce qui nous conduit à envisager un autre aspect du rapport des femmes à la vie religieuse. Si la religion était en effet facteur d'intégration des femmes à la vie de la cité, elle était aussi et en même temps une des manifestations de leur marginalité. Les femmes en effet étaient étroitement associées à toutes les formes « sauvages » de la vie religieuse. | ||
| + | C'était les femmes qui participaient aux orgies dionysiaques et se transformaient en ces ménades qui formaient la suite du dieu, et dont les peintures de vases nous ont laissé de si nombreuses représentations. Certes, à Athènes à l'époque classique la religion dionysiaque avait été intégrée à la religion civique, assagie et légalisée. Elle n'en demeurait pas moins un élément de subversion de l'ordre social. | ||
| + | |||
| + | ===== La femme grecque et l'amour ===== | ||
| + | Le problème de l'homosexualité grecque a fait l'objet de travaux récents, qui tous mettent en valeur le caractère social d'un comportement sexuel. C'est évidemment l'homosexualité masculine qui est au coeur de ces travaux. Sur l'homosexualité féminine en effet les informations sont rares, et hormis les poèmes de Sapho et quelques peintures de vases, nous sommes très mal renseignés sur un phénomène que l'existence du gynécée et une certaine réclusion des femmes ne pouvaient que contribuer à développer. En revanche l'homosexualité masculine, singulièrement sous sa forme « pédérastique », nous est connue à la fois par de nombreux témoignages littéraires et par de non moins nombreux témoignages iconographiques. Il importe en effet de distinguer la pédérastie de l'homosexualité proprement dite. Seule la première bénéficiait d'un statut social valorisant et d'une fonction pédagogique. L'aîné qui s'attachait à un adolescent, à un pais, devenait en quelque sorte son mentor, celui qui l'aidait à passer de l'adolescence à la virilité. Les références mythiques ou épiques ne manquaient pas pour justifier de telles amours - Zeus et Ganymède, Achille et Patrocle - et seuls quelques penseurs naïfs ou conformistes comme Xénophon pouvaient imaginer que de telles relations n'avaient pas un caractère sexuel. Toute la démarche de Platon dans le Banquet consiste à distinguer l'amour profane, l'amour des corps, de l'amour divin, celui qui s'adresse à l'âme. Mais c'est bien précisément parce que l'amour des corps existait aussi dans les relations entre hommes. Cela dit, que la relation entre aîné et cadet, entre éraste et éromène fût ou non de nature sexuelle, elle s'intégrait dans un cadre social bien défini, celui de la cité aristocratique. Toujours dans le Banquet, Platon fait dire à Pausanias, l'un des interlocuteurs de Socrate, que tenir l'amour des garçons pour honteux est le fait de barbares ou de tyrans. L'amour d'Aristogiton et l'amitié d'Harmodios solidement cimentés détruisit leur domination 211. » La relation pédérastique revêtait donc aux yeux des Grecs un caractère formateur. Liée au gymnase - et la nudité des corps y favorisait bien entendu les accouplements – elle était également liée à tout un système de valeurs aristocratiques. Mais elle n'excluait pas pour autant d'autres relations, de nature hétérosexuelle. Un même homme pouvait avoir dans sa jeunesse été lié à un amant plus âgé, avoir ensuite, homme fait, servi de mentor à un adolescent et non seulement, cela va de soi, se marier, mais aussi prendre du plaisir dans la relation amoureuse avec une ou plusieurs femmes. Il est significatif d'ailleurs que ce soit précisément cet amour-là, l'amour hétérosexuel, que le théâtre, aussi bien tragique que comique, évoque le plus souvent. Et l'on a vu que dans l'épopée déjà la femme, épouse ou captive, était aussi un objet érotique. Bien plus, la méfiance à l'encontre des femmes, dont on a pu mesurer l'ampleur, d'Hésiode à Aristophane et au-delà, est la contrepartie de leur attrait sexuel, et c'est précisément parce qu'à cet attrait les hommes ne résistaient pas qu'ils considéraient la femme comme un être redoutable, à la fois douée de ruse, de métis, et magicienne. | ||
| + | Cet amour, ce désir s'adressait d'abord à l'épouse, à celle qu'on avait choisie pour avoir des héritiers légitimes. On a vu certes que le mariage se présentait d'abord comme une alliance entre deux familles, entre deux oikoi, et que la jeune femme se contentait le plus souvent d'apercevoir pour la première fois celui avec lequel elle allait s'unir le jour de son mariage. Mais si le choix d'une épouse était le plus souvent dicté par des considérations d'ordre matériel où l'attirance physique n'intervenait pas, il n'est tout de même pas exclu que cette attirance physique ait pu aussi être déterminante. Faire des enfants n'était pas seulement un devoir social et politique. | ||
| + | |||
| + | L'amour, le désir, voire la passion, jouaient donc un rôle non négligeable dans les relations entre hommes et femmes, y compris dans le cadre de la vie conjugale. Il est significatif, d'ailleurs, que, à la fin du IVe siècle, et en liaison avec le déclin de la vie politique, lorsque l'importance de la sphère du privé s'accroît, l'amour devient l'un des ressorts principaux des intrigues théâtrales, un amour dont l'issue normale et souhaitée est le mariage. | ||
| + | |||
| + | |||
| + | |||
| + | |||
| + | |||
| + | |||
| + | |||
| + | |||
| + | |||