Bibliographie: MANZAGOL Claude, La mondialisation. Données, mécanismes et enjeux, Campus, Armand Colin, Paris, 2003. CARROUE Laurent, COLLET Didier, RUIZ Claude, La Mondialisation, Bréal, 2006. CARROUE Laurent, La mondialisation en débats, Doc. Photo n°8037, La documentation française, 2004.
Gonflement exceptionnel de la sphère financière depuis quelques années, avec des logiques qui imposent leur rythme à la production. Globalisation financière = création d'un marché unique de l'argent au niveau planétaire. Si elle est liée à la mondialisation des échanges de biens, de services, elle est plus aboutie dans le secteur financier, pourtant étroit et spécialisé. Ces mutations financières s'accompagnent d'une instabilité accrue avec des crises boursières récurrentes plus nombreuses. domination du capital financier, géographiquement plus mobile, plus diffus, mais aussi plus instable.
1944, Conférence de Bretton-Woods: les États-Unis qui n'ont subi aucune destruction pendant la guerre et qui détiennent ¾ du stock d'or mondial, affirment la primauté du dollar seule monnaie alors convertible en or. Les mouvements des capitaux sont contrôlés 2 institutions:
Jusqu'en 1960 ces mouvements sont faibles tout comme les déficits des États (moins de 1% du PIB).
Mais détérioration de la situation avec l'accroissement du déficit des États-Unis, aboutissant à une crise lorsque les dettes américaines sont supérieures au stock d'or. Les États-Unis dévaluent le $ et suspendent sa convertibilité en 1971.
→ on revient à système de changes flottants, désormais le cours monnaies varient selon la loi de l'offre et la demande (ex: Yen et Mark s'affirment).
Eurodollars = dollars hors États-Unis donc non assujettis au contrôle de la Federal Reserve Bank, investis massivement d'abord en Europe puis dans les pays du Tiers-monde + pétrodollars liés à la vente de pétrole par les pays de l'OPEP On a une augmentation de ces dollars “apatrides” (le stock passe de 4 milliards à 160 milliards entre 1960 et 1970 !) dont les banques privées et les États se saisissent pour investir dans des grands programmes d'équipement, ou pour accorder des prêts à des taux dérisoires sans être trop regardant quant à leur destination → recyclage des eurodollars.
→ le développement d'un certain nombre de PVD est de plus en plus associé à ce financement privé (ex: Corée) parallèle aux financements officiels comme les aides publiques au développement - APD. Problème lorsque les taux d'intérêt américains augmentent en raison de l'inflation et du déficit → crise
→ les pays du tiers-monde débiteurs se retrouvent étranglés: c'est la crise de la dette dans les années 80.
Les flux de capitaux vers le Sud sont alors coupés nets, les pays du Sud débiteurs voient leur dette rééchelonnée s'ils acceptent les plans d'ajustement structurel (PAS) du FMI imposant réductions budgétaires, privatisation des services publics, ouverture au monde. Des États fragilisés qui voient en plus leurs recettes à l'exportation diminuer en raison de la baisse des cours des matières premières (détérioration des termes de l'échange)
Affirmation du dogme libéral avec l'arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher au Royaume-Uni et de Ronald Reagan au États-Unis au début des années 80: les règles qui contrôlaient les mouvements de capitaux et des opérations financières sont abandonnées. On privilégie les 3 D:
La dérégulation entraîne une explosion de la capitalisation boursière (= somme de la valeur de toutes les actions cotées en bourse), qui dépasse aujourd'hui la valeur du PIB mondial ! Une évolution qui s'explique par la concurrence entre firmes et le développement des offres publiques d'achat (OPA), des fusions, des alliances partielles.
→ l'action devient donc une marchandise que l'on vend et que l'on achète, et les profits générés ne sont pas en lien réel avec l'appareil productif. La crise du NASDAQ, liée à des investissements massifs dans des start-up, à la fin des années 90, l'a confirmé de manière frappante. De même dans les bourses de matières premières, les brokers (= courtiers) arrivent à vendre plus de mille fois la production mondiale chaque jour.
Conséquence de cette croissance de la sphère financière, de nouvelles contraintes sont imposées aux firmes qui doivent être rentables. La “création de valeur” pour les actionnaires devient une priorité, avec une exigence de rentabilité toujours plus forte entraînant des effets économiques et sociaux dévastateurs. Ex: l'anglais Marks et Spencers ferme ses magasins à l'étranger et licencie 4 000 employés pour contenter ses investisseurs.
L'utilisation des eurodevises dans les années 50 avait déjà brisé un premier lien entre le financement libellé dans une monnaie et le territoire d'émission de celle-ci.
L'explosion des marchés et la multiplication des flux financiers entraînent l'apparition d'une “économie virtuelle” de plus en plus déconnectée du système productif et de moins en moins territorialisée. Grâce aux NTIC les marchés sont interconnectés et fonctionnent désormais en temps réel en jouant sur les décalages horaires (quand New York ferme, Tokyo prend le relais, puis Hong-Kong, puis les places européennes).
Toutefois la géographie de la finance reflète les rapports de force et le système financier reproduit les hiérarchies des lieux de pouvoirs à l'échelle mondiale (New York, Londres, Euronext , Tokyo, Francfort…) tout comme au niveau national (ex: Tokyo devant Osaka, Madrid devant Barcelone) Ainsi New York (NYSE , NASDAQ , AMEX) domine très largement une vingtaine de places financières qui gèrent 85% des flux financiers mondiaux.
→ Si l'on met de coté les paradis fiscaux et les quelques places boursières du Sud, on peut parler d'un “anneau mondial” du marché des capitaux. Le système financier international est donc globalisé mais partiellement.
Plutôt que d'un seul marché financier, il faut parler de plusieurs marchés, chacun avec ses propres structures, ses propres logiques:
Quant à la rente financière elle est, socialement et géographiquement, très inégale: seuls les couches supérieures dont les oligarchies des PVD en profitent.
Le gonflement de la sphère financière est net depuis 1980, le volume des transactions financières a été multiplié par 5 pour atteindre aujourd'hui 1 700 milliards $ par jour, dont env. 100 milliards d'IDE et d'échanges de biens et services. c'est donc une masse considérable de capitaux qui circulent dans un but purement spéculatif, à la recherche de profits à court terme et qui ne produit ni bien, ni service.
Ce gonflement est également lié aux innovations permettant d'élargir le champ d'action des financiers avec de nouvelles pratiques (ex: la titrisation = émettre et placer des titres sur différents marchés étrangers permettant ainsi de diffuser le risque en augmentant le nombre de créanciers) ou l'apparition de produits nouveaux.
C'est le cas des hedge funds = organismes de gestion collective spéculant sur les marchés financiers, souvent en prenant de très gros risques. Ils sont domiciliés à 68% en off-shore (ex: Jersey, îles Caïmans) ce qui leur permet d'échapper aux réglementations domestiques, ils obtiennent des performances déconnectées de la tendance générale. Si le premier hedge fund a été créé en 1949, leur nombre explose depuis quelques années: on en compte env. 8 500 actuellement détenant 1 500 milliards $ d'actifs dans le monde.
Le but étant de maximiser les profits (30% de rentabilité), cette “gestion alternative” fait naître d'immenses fortunes (ex: en septembre 1992, George Soros a gagné entre 1,5 et 3 milliards $ en jouant sur la £ Sterling en seulement 3 séances, faisant “sauter la banque d'Angleterre” !).
L'instabilité est désormais une constante structurelle des marchés financiers, et quoiqu'en décalage avec l'économie réelle, les crises financières (ex: crise mexicaine de 1994, crise asiatique de 1997-98, crise argentine de 2001), plus nombreuses, peuvent avoir des impacts, eux bien réels, sur les économies, surtout dans un monde interconnecté.
La crise asiatique de 1997-98 a des effets planétaires: - dans un premier temps, une appréciation du $ a engendré une appréciation excessive des monnaies asiatiques dont le baht thaïlandais, provoquant une baisse de la compétitivité à l'exportation pour les économies asiatiques et du coup un ralentissement économique - le Japon est lui-même touché, entraînant un reflux des capitaux vers les marchés occidentaux, et une baisse des cours des matières premières - la crise économique s'étend enfin au reste du monde, particulièrement en Russie, et en Amérique latine. Les pays de l'OCDE sont touchés de façon plus atténuée.
Cela oblige les gouvernements, les banques centrales à coordonner leurs actions afin d'en limiter la portée. Parfois plus localement, ce sont des acteurs financiers au bord du gouffre qui font appel aux États (ex: Crédit Lyonnais en France).
Le risque financier est désormais mondial dans la mesure où l'ensemble du système financier peut se retrouver déséquilibré par une crise, en raison: - de la volatilité des capitaux - de l'interconnexion des bourses pouvant provoquer des réactions en chaîne - du manque de liquidité voire de l'insolvabilité.
A noter que ce n'est pas nécessairement l'endettement mais la capacité à rembourser qui détermine l'échelle des risques et décide par exemple des taux d'intérêt pour les prêts. D'où la situation actuelle: plus un état est pauvre, plus l'accès au crédit lui coûte cher, ponctionnant davantage sur ses ressources, tandis que les pays développés, qui sont de loin les plus endettés, accèdent facilement au crédit en raison de leur poids économique et décisionnel
Le rôle du FMI de régler les déséquilibres temporaires des balances des paiements des États reste d'actualité. Les ressources du FMI (env. 300 milliards $ annuels) sont constituées des cotisations (les “quotes-parts”) des 185 États membres, calculées en fonction de la puissance économique et déterminant le nombre de voix. Ainsi les États-Unis contribuant à 18%, disposent d'un droit de veto car une décision doit recueillir 85% des voix pour être adoptée.
Face aux crises récurrentes, le FMI a été la cible de critiques, on l'accuse de mauvaise prévention (crise asiatique), d'erreur de diagnostic en imposant par exemple des ajustements budgétaires calamiteux, d'appliquer partout la même recette, en Russie, en Afrique…
En 1999 une réforme du FMI a été engagée pour s'adapter à la nouvelle donne afin d'assurer une meilleure surveillance du système financier avec la Banque des règlements internationaux qui cherchent à limiter le volume des opérations menées par les banques, ou le Forum de stabilité financière patronné par le G7.
→ Mais le FMI qui prône le libéralisme économique reste donc une institution sous contrôle des grandes puissances financières de la planète.
Les investisseurs institutionnels (surnommés “zinzins”) ce sont les banques, les assurances, les fonds de pension.
CALPERS est l'un d'eux, puisque c'est une caisse de retraite des fonctionnaires de Californie. Elle gère les retraites de plus d'1,2 million de personnes (actifs et retraités), 165 milliards de $, avec 700 employés. Pour pouvoir assurer les pensions de ses affiliés, CALPERS investit parfois de manière agressive, dans plusieurs pays principalement développés (94% des portefeuilles) afin de répartir les risques.
Les fonds de pension sont très développés dans les pays anglo-saxons, où ils occupent un poids important (50% de la capitalisation à Londres, 1/3 à Wall Street). Ils se diffusent en Europe: Allemagne, Italie, Espagne, moins en France en raison de l'importance du système par répartition. Toutefois leur efficacité reste discutée, ainsi aux États-Unis seuls 43% des salariés sont couverts.
Pour diminuer la prise de risques des investisseurs des agences de notation indépendantes (ex: Moody's) sont apparues depuis une quinzaine d'années pour évaluer les dettes d'entreprises ou d'États. Plus la note attribuée est élevée, plus le risque est moindre, plus le coût est faible.
Grâce à leur propre réseau, les firmes transnationales participent aux échanges financiers et aux flux de capitaux sur la planète. Les Investissements Directs à l'Étranger (IDE) connaissent ainsi une croissance exceptionnelle depuis les années 1980 (flux multipliés par 11). Le stock d'IDE représente aujourd'hui 25% du PIB mondial En ce qui concerne l'émission d'IDE on note:
En ce qui concerne la destination des IDE on note que:
Cette polarisation s'explique par le fait que les firmes cherchent à la fois rentabilité et faibles risques, ce qui explique, que les pays développés ou émergents soient privilégiés. A l'inverse, les pays du Sud sont l'objet d'une logique d'évitement en raison d'instabilité économique ou politique. Ainsi des compagnies d'assurances évaluent le risque économique pour les investisseurs (ex: Eximbank aux États-Unis ou COFACE en France) → la moitié de planète est classée à risque (voir carte)
Pour atténuer cette logique d'évitement, la Banque mondiale a créé une agence de garantie des investissements pour accroître les IDE vers le Sud.
Dans The Global City, en 1994, Saskia Sassen insiste sur la polarisation des activités financières en indiquant qu'un nombre restreint de très grandes villes est au centre d'un marché international des valeurs. Pour ces métropoles les activités financières sont des enjeux économiques importants par le nombre d'emplois (200 000 à Wall Street, 150 000 à Francfort…) et les activités induites.
La finance à Londres est le principal facteur de rayonnement du Royaume-Uni dans le monde, elle réalise ainsi 6% du PNB britannique. La City est en effet la 3e place boursière mondiale (1re place dans le secteur des assurances) après avoir connu un grand essor depuis les années 70, elle compte plus de 500 banques aujourd'hui sur un quartier exigu de 2,5 km2 aujourd'hui totalement saturé. La City concentre un personnel hautement qualifié. La plupart des intermédiaires financiers sont majoritairement possédés par des firmes étrangères. Peuplée d'env. 7 000 hab. la nuit, la City accueille 350 000 travailleurs le jour. La compétition féroce pour le contrôle du foncier, a poussé à la réhabilitation des Docklands, fermés par Margaret Thatcher en 1981, qui constituent aujourd'hui le nouveau quartier d'affaires de la ville, et qui est en plein essor. La City londonienne fait de la région Sud-Est la plus riche du Royaume-Uni, même si on assiste à un desserrement puissant mais sélectif sur un grand bassin régional comprenant East Anglia, Sud-Est et Midlands de l'Ouest, renforçant ainsi les disparités régionales au Royaume-Uni.
Une véritable compétition oppose les places financières à toutes les échelles: mondiale, régionale, ou nationale. Ex: Nestlé se retire de plusieurs bourses Amsterdam, Vienne, Tokyo, pour se concentrer sur Zurich, Francfort, Paris et New York. Ex: en Chine à l'échelle nationale des tensions opposent Shanghaï et Shenzhen.
A noter qu'on a des tentatives de regroupement entre plusieurs places financières. Ex: le Norex regroupe Stockholm, Copenhague et Reykjavik qui n'a qu'un rayonnement régional. Ex: Euronext, né en 2000, est l'alliance entre Paris, Amsterdam et Bruxelles, puis Lisbonne. Il vient de fusionner avec NYSE en 2007 pour former la première place boursière mondiale. D'autres rapprochements ont échoué (ex: entre Londres et Francfort).
Dans les pays en émergence, des places financières se développent (Taiwan, Séoul…).
De nombreuses enclaves, bénéficiant de juridictions d'exception, pratiquent une réglementation minimale, le secret bancaire, où les prélèvements fiscaux sont absents. Elles profitent largement de la globalisation du système financier et se sont spécialisées dans la fourniture de prestations financières opaques (évasions fiscales, blanchiment d'argent sale issu des trafics illicites).
Les pays de l'OCDE cherchent à contrôler l'activité de ces paradis fiscaux depuis 1989, avec la création d'un organisme intergouvernemental: le GAFI c'est-à-dire le Groupe d'Action Financière contre le blanchiment d'argent qui édicte une ligne de conduite en 40 recommandations. Quelques états refusent toutefois de coopérer: Monaco, Liechtenstein, Liberia, Andorre…
On compte plus de 60 paradis fiscaux dans le monde. Nombreux dans les guirlandes insulaires de la Caraïbe ou du Pacifique, certains pôles tentent de profiter de la proximité d'une place financière internationale. Certains d'entre eux se sont spécialisés (ex: holdings au Luxembourg, compagnies d'assurance aux Bermudes, fonds d'investissements aux Caïmans, aux Bahamas…) Déconnectés de leur économie nationale, ils sont devenus des rouages essentiels de la mondialisation financière
→ en effet 50% des actifs financiers de la planète transitent via des paradis fiscaux ceci explique ainsi l'attitude ambiguë de certains états à l'égard de ces paradis fiscaux.
— Jérôme 23/09/2007 18:37